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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Tableaux | 31.08.2013 - 12 h 41 | 0 COMMENTAIRES
Le psychose manager

Le psychose manager, c’est un peu le bon ami qui est à l’écoute et qui sait délivrer des conseils pertinents et altruistes aux gays qui aiment exposer leurs névroses. Je dois avouer, en toute modestie, que je suis une sorte de caricature de cette catégorie, et que je me trouve excellent en donneur de conseils. A dire vrai, il n’y a qu’une seule règle fondamentale, c’est de savoir utiliser sa mémoire à bon escient : lors d’une conversation intime avec un ami qui se livre à vous corps et âme (mais surtout l’âme en l’occurrence), il faut se souvenir de tout pendant que l’autre parle, de manière à avoir l’air intéressé et compétent ; et tout oublier immédiatement après son départ – il vous en saura gré. Ce n’est donc pas la même technique que les véritables psychanalystes, qui, eux, oublient au fur et à mesure, dans les rares cas où ils écoutent effectivement, et parviennent à faire illusion grâce à une maîtrise remarquable de deux processus simples : le hochement de tête, et la répétition des derniers mots prononcés par le patient, en cas de question émise par celui-ci ou de silence prolongé. Le psychose manager pourra peut-être devenir psychanalyste s’il parvient à acquérir ces compétences remarquables, mais au risque de perdre une petite partie de son innocence et une grande partie de ses amis.

Bien sûr, vous me direz qu’il ne s’agit pas seulement de mémoire, puisqu’il faut aussi comprendre la personne qui vous parle, savoir contextualiser, poser de bonnes questions, montrer de l’empathie, glisser quelques conseils. Vous pouvez parfaitement faire tout cela, mais le véritable psychose manager sait bien que cela ne sert à rien, puisque, quoi que vous ayez pu dire, la personne quittera la conversation en ayant soigneusement pioché, parmi vos phrases et vos silences, ce qui l’intéressait et qu’elle avait envie d’entendre avant même d’entamer la conversation. Ainsi, il m’est arrivé un grand nombre de fois de me sentir proche de ces journalistes qui répondent au courrier du cœur des magazines. Comme eux, le psychose manager a tendance à suggérer une chose et son exact contraire à deux phrases d’intervalle ; c’est même un protocole tout à fait conseillé, puisqu’on fera mouche à tous les coups, et qu’on fera donc naître chez le lecteur ou l’auditeur un sentiment de satisfaction et de gratitude.

Cette gratitude s’exprime parfois financièrement. En ce qui me concerne, mes conseils sont gratuits, même si je propose assez souvent de coucher avec moi après. Cela n’a rien de vénal, c’est simplement une sorte de suite logique venant sublimer une communication orale, altruiste et chaste, du moins jusqu’à ce qu’on se touche. A esprit pénétrant, corps ouvert.

Premiers tableaux | Tableaux | 31.08.2013 - 12 h 38 | 8 COMMENTAIRES
Celui qui n’aime pas « le milieu »

Personne ne sait exactement ce qu’est « le milieu » gay ; seuls les gays « qui ne le fréquentent pas » et les hétéros semblent en avoir une définition incontestable. Ce serait, en gros, un ensemble de lieux, d’ambiances, de comportements, plus ou moins communautaires et fermés. Les gays « qui n’aiment pas le milieu » considèrent celui-ci, mais ce n’est bien sûr que du persiflage, comme un vaste poulailler caquetant et froufroutant, peuplé de poules affamées et consentantes, en quête de coqs (excusez-moi pour le jeu de mots). Evidemment je m’insurge contre ce raccourci, d’abord parce que je suis un adversaire acharné du cliché et de la généralisation abusive, comme chacun sait, mais aussi parce qu’au fond, il y a bien une définition plus simple et beaucoup plus pratique du « milieu » : cela désigne en fait, comme le mot l’indique très bien, un centre ; et plus précisément, un espace géographique, un bloc d’immeubles délimité par trois rues de l’hypercentre parisien. C’est là où se donnent rendez-vous ceux qui veulent sortir le soir, ce qui fait du milieu l’endroit où l’on sort plus que l’endroit où l’on s’enferme, encore qu’en général on s’enferme quand on sort.

Quoi qu’il en soit, les gays qui n’aiment pas le milieu aspirent à rester en dehors de ces quelques rues, et se trouvent donc en général à leurs abords immédiats. Bien sûr, s’ils considèrent le milieu de si près, c’est sans doute parce qu’il faut toujours bien connaître ce qu’on critique. Notons qu’on les retrouvera aussi fréquemment dans un espace virtuel, c’est-à-dire sur les réseaux de sociabilité à tendance cul (ils ne les apprécient pas non plus, mais ils savent être pragmatiques ; par chance, ces réseaux sociaux permettent d’utiliser, la plupart du temps, un pseudo).

Mauvais esprit à part, on aurait tort de comparer le gay qui n’aime pas le milieu à un moustique attiré par la lumière, mais qui n’ose pas trop s’en approcher. Ou à une abeille qui frétille aux abords de la ruche, légèrement effrayée, mais comme envoûtée par le bourdonnement joyeux de la population en surdensité. En effet, le gay qui n’aime pas le milieu est plutôt comme un adolescent qui traverse une crise existentielle, à défaut de traverser une rue. Cette crise possède plusieurs phases, qui se traduisent par certains traits de caractère mais aussi par une position géographique évolutive. En phase initiale, la personne est aisément irritable et se tient à distance (à moins qu’elle ne soit tenue à distance parce qu’elle est irritable, mais ne lui dites pas). Souvent, en termes de sexualité, elle prétend encore être active plutôt que passive, et y parvient effectivement quelquefois. En phase médiane, celle du gay qui n’aime pas le milieu stricto sensu, la personne se situe à la périphérie immédiate du milieu, et est sujette à de fréquentes sautes d’humeur, ainsi qu’à des infections sexuellement transmissibles, dues à des relations sexuelles qui se multiplient et à un manque d’expérience ou de facilité à évoquer la question avec son entourage. Enfin, si tout se passe bien, le gay qui n’aime pas le milieu pénètre dans le milieu. C’est alors que se produit un véritable retournement, qu’il n’osait espérer : maintenant qu’il se trouve bien placé, c’est à son tour d’être au cœur de l’attraction, ce qui le remplit d’aise, de prétendants et de substances diverses ; et il peut continuer à dire qu’il n’aime pas le milieu, puisque, désormais, il aime se faire pénétrer, mais par quelqu’un qui n’est pas du milieu.

Notons que la force centrifuge, les prix fonciers et la multiplication des enfants ayant tendance à rejeter les hétérosexuels loin du centre, les gays sont attirés physiquement et mathématiquement par le milieu. Malgré cela, les solutions sont multiples pour les gays qui ne souhaiteraient décidément pas avoir affaire au milieu : la chasteté, la religion, la vie rurale, la néo-hétérosexualité (que je développerai plus loin), l’homosexualité à la marge, voire la banlieue, qui est une perversion parente du sado-masochisme (je précise que je n’ai rien contre les perversions, au contraire).

Un dernier conseil, si vous fréquentez un gay qui n’aime pas le milieu : dites-lui que vous êtes d’accord avec lui, et demandez-lui d’aller voir un peu plus bas.

Premiers tableaux | Tableaux | 28.08.2013 - 16 h 42 | 0 COMMENTAIRES
Le lessiveur pathologique

Il se trouve qu’il est de bon ton, dans nos sociétés, de ne pas porter de vêtements sales lorsque l’on sort, sauf bien entendu si l’on a prévu une soirée avec un garçon qui aime les odeurs de vécu. En conséquence, il est nécessaire de laver son linge régulièrement, y compris le linge de maison d’ailleurs, même en l’absence de morpions. La plupart des gens possèdent donc une machine à laver, sauf les gays qui continuent à penser qu’ils trouveront dans un lavomatic l’homme de leur vie, ou qui ont été marqués à vie par My beautiful launderette (j’en fais partie. La seule évocation du film engendre en moi à la fois un pincement de cœur, un sourire, une angoisse, et du bonheur. Mais j’ai quand même une machine à laver).

Bref, le gay lessiveur pathologique n’est pas si différent que cela du reste du monde. Il fait juste un peu plus de lessives que les autres, un peu plus souvent, à peine. Je sais de quoi je parle, encore que je ne sois pas le plus caricatural des gays de cette catégorie, puisque j’attends quand même presque toujours qu’il y ait suffisamment de linge à laver pour lancer la machine. Certes, s’il n’y en a pas assez, je me débrouille pour en trouver en faisant le tour de l’appartement et en décidant unilatéralement que tel ou tel torchon est sale, ou que ça ne ferait pas de mal de laver la housse de tel coussin. Il y a plus maniaque que cela : un de mes amis, quand il part en vacances, trouve le moyen de faire plusieurs lessives dès le jour de son arrivée, que ce soit en appartement ou à l’hôtel. Le principe est simple : ce qui est important, ce n’est pas l’état dans lequel se trouve le linge avant lessive, mais c’est de poser les bases d’un futur (après la lessive) sain et agréablement parfumé.

Comprenons-nous, je ne souhaite pas ici décrypter les névroses des uns et des autres. Après tout, laver, lessiver, sécher, ranger, relaver, il y a pire comme pathologie et il y a sans doute pire compagnon que celui qui vous lave vos habits (sauf, encore une fois, si vous avez un plan à thème et que vous avez laissé mariner vos accessoires plusieurs jours). Je me passerai aussi des explications psychanalytiques un peu faciles, comme quoi nous les lessiveurs nous extérioriserions, objectiverions nos angoisses, nous nous laverions nous-mêmes, etc. Comme si nous ne nous lavions pas assez par ailleurs ! En réalité, le lessiveur pathologique a juste besoin qu’on lui laisse le temps et l’espace d’accomplir sa purge, et il se trouve ensuite être une personne parfaitement sociable et convenable. Mais attention, là se trouve la limite à respecter : ne l’interrompez pas pendant la lessive, et ne lui proposez pas de l’aider. La lessive, pour lui, c’est comme la méditation : cela se fait seul et ce n’est source d’épanouissement que si l’on n’est pas interrompu. Si vous sortez avec un gay lessiveur, plus vite vous respecterez ces limites, et mieux votre couple se portera. Je parle bien sûr notamment du sexe, mais pas sur la machine à laver, non seulement c’est inconfortable au possible mais surtout cela reste le domaine réservé du lessiveur.

Un tout petit conseil pragmatique. Quand vous faites l’amour avec un lessiveur pathologique, veillez à bien préparer le terrain, dans tous les sens du terme. Qu’un tissu soit éclaboussé et maculé d’une substance ou d’une autre, et c’est la fin assurée de la vaillance sexuelle, parfois pour une durée de plusieurs semaines. Certains d’entre nous sont encore traumatisés par la scène du burrito qui coule sous les yeux horrifiés de Bree van de Kamp, pendant que son mari tente de remplir son devoir, dans la première saison de Desperate Housewives.

Premiers tableaux | Tableaux | 27.08.2013 - 22 h 03 | 0 COMMENTAIRES
La bourgeoise propre sur soi

Certains homosexuels très contents d’eux-mêmes éprouvent certaines difficultés à se mettre à la place des autres ; la plupart du temps, d’ailleurs, ils n’en ont pas la moindre envie, et pour cette raison votent à droite.  Ils auraient tort de se priver : ils ont gagné à la sueur de leur front et de leurs héritages le droit de vivre comme bon ils l’entendent, ainsi que pas mal d’argent.

Il ne faut pourtant pas se fier aux apparences, surtout à celles de la bourgeoisie, comme de nombreux écrivains et cinéastes ennuyeux nous l’ont appris. Une vie bien rangée et un appartement absolument impeccable constituent des indices qui, associés à l’expression (point trop exubérante) de signes extérieurs de richesse, permettent d’établir un diagnostic sans appel : la bourgeoise propre sur elle n’a pas de vie intérieure, mais a bien une double vie. Je me permets ce féminin – la bourgeoise – qui pourrait sembler, je l’admets, un rien sexiste ; pourtant, il ne s’agit pas d’établir que cette catégorie serait plus féminine parce que son intérieur est bien entretenu. En réalité, le gay bourgeois bien-pensant parle volontiers de lui-même au féminin : c’est une plaisanterie convenue, visant à souligner qu’il n’est en réalité pas une femme, tout de même.

La bourgeoise propre sur soi sélectionne rigoureusement ses fréquentations et met un point d’honneur à conserver quelques amitiés féminines de rigueur, de façon à attester son ouverture d’esprit. Pour le reste, elle préfèrera rester dans un entre-soi restreint à quelques personnes correctes, c’est-à-dire d’autres gays également pourvus d’une certaine aisance financière. Il y a bien quelques exceptions, car il faut bien, encore une fois, montrer son ouverture d’esprit, et faire partager à d’autres, moins fortunés que soi, son bonheur ; la bourgeoise organise donc une à deux fois par an une petite sauterie, si possible un barbecue sur sa terrasse nouvellement réorganisée par un paysagiste homosexuel.

Je suis un peu dur. La bourgeoise propre sur soi est souvent généreuse, et possède une grande qualité : elle apprécie la vie. En outre, elle considère qu’elle a une mission : faire accepter l’homosexualité, et notamment le couple homosexuel (car la bourgeoise est toujours en couple), par le plus grand nombre de personnes possible dans la société hétérosexuelle normée politiquement  et économiquement dominante. Elle y parvient, et il faut reconnaître que cela demande un certain courage et une certaine persévérance.

Certes, le prix à payer est relativement élevé, puisqu’il consiste à balayer d’un revers de la main (manucurée, mais sans que cela ne se voie trop) l’existence d’homosexuels sortant un peu des cadres, et à leur nier toute légitimité ou représentativité. Ce qui est cohérent avec le vote à droite ; la bourgeoise considère, tout simplement, que chacun doit choisir son camp. En ce qui me concerne, c’est tout choisi, même si dans mes instants d’égarement la bourgeoise satisfaite en moi refait surface ; il faut dire que c’est une tendance coriace.

Malgré tout, je dois admettre que la bourgeoise propre sur soi possède un attrait décisif : elle est sexuellement active, souvent très active, et cette sexualité enrobée de mystères, de secrets, d’arrangements, et d’accessoires, a tout pour me plaire.

Tableaux | 27.08.2013 - 22 h 01 | 0 COMMENTAIRES
Le gendre idéal

Voici une catégorie très répandue – particulièrement – dans le monde gay. Le jeune garçon est très comme il faut, répond à toutes les attentes de la société civilisée, possède des manières, n’est pas d’une beauté confondante mais n’est pas laid, il s’habille correctement et se tient encore mieux. Ce n’est pas qu’il veuille qu’on le pardonne d’être homosexuel, c’est plus que cela : il compense.

Il est parfait en société : il a de l’humour. Principalement de l’ironie consensuelle, agrémentée d’une petite touche d’autodérision, mais dans les limites de l’acceptable, c’est-à-dire juste ce qu’il faut pour faire sourire sa belle-mère. Il est galant, attentif à toutes et tous ; il s’est d’ailleurs fait un principe de maintenir ouvertes le plus de portes possible. Il a même réussi des concours, ce qui lui confère une aura presque divine, en même temps que cela rassure les futurs beaux-parents : il aura un métier, il gagnera de l’argent, il incarne le confort futur de leur fille. Il ne fera pas de vagues.

Le gendre idéal est d’autant plus parfait aux yeux de la mère d’une jeune fille comme il faut, qu’on ne peut le soupçonner de ne soupirer que pour les attraits intimes de la demoiselle. En d’autres termes, la mère ne perçoit pas de menace sexuelle envers la jeune fille. Souvent, il en va de même pour la jeune fille, qui tombe amoureuse assez rapidement – mais déchante, malheureusement plus vite que sa mère.

Pour un éventuel partenaire gay, le gendre idéal risque d’être particulièrement ennuyeux. Mais cela n’arrive pas très souvent, car la plupart du temps le gendre idéal n’a pas encore eu d’expérience homosexuelle. Dès que celle-ci survient et se développe, le gendre idéal doit choisir entre deux routes. La première le conduit à devenir un gendre idéal pour mère protectrice envers son fils gay ; la deuxième consiste à défaire lentement et précisément, pli par pli, le masque du gendre idéal, et devenir soi. La première route – on me pardonnera de filer la métaphore à ma façon – est un chemin rectiligne, évitant avec grâce et œillères toute extravagance et tout risque, filant droit vers une retraite agréable, ponctuée d’escapades en voilier avec la belle-famille et les neveux et nièces. La seconde route est plus chaotique ; elle s’arpente avec précautions et force demi-tours.

J’ai été un gendre idéal pendant suffisamment longtemps pour me permettre de prodiguer un conseil tout simple, aussi bien aux gendres idéaux qu’aux victimes consentantes de leurs charmes manipulateurs et bienséants : baisez le plus possible.

Premiers tableaux | Tableaux | 27.08.2013 - 21 h 58 | 0 COMMENTAIRES
Le mimi flasque

Tous les gays ont croisé un jour un mimi flasque. La plupart du temps, on ne s’en rend compte qu’une fois seul avec ledit mimi flasque, dans une chambre, juste avant de consommer. Cet instant se révèle alors relativement embarrassant, pour le partenaire mais également pour le mimi flasque. L’effet de surprise a tendance à engendrer une évolution inversement proportionnelle de l’excitation, ce qui rend la situation délicate à gérer. Une exclamation « tiens, tu es un ancien gros ? » n’est pas toujours la bienvenue, et une conversation amoureuse ainsi démarrée se termine rarement par une relation sexuelle satisfaisante, sauf extrême habileté de l’un ou de l’autre des protagonistes.

Au demeurant, le mimi flasque est plutôt mignon ; il a un joli visage, il est tendre, presque poupin ; certes masculin, mais loin, très loin du marin au visage râblé ou du rugbyman à la mâchoire carrée. A première vue, et tout habillé, il est bien fait de sa personne : ni large, ni maigre, de taille moyenne, il pourrait passer relativement inaperçu. Peu enclin à l’excentricité vestimentaire, il cherche à ne pas trop attirer l’œil, mais a toutefois appris à se mettre en valeur, ou du moins à dissimuler les faiblesses de sa morphologie et surtout les stigmates d’une adolescence difficile.

Car l’adolescence a été difficile. Et, malgré le côté abrupt de l’expression, il faut bien le reconnaître : c’est un ancien gros. Son corps porte aujourd’hui les traces incontestables de cette époque pas si lointaine où il rasait les murs mais bloquait quand même les couloirs.  Vergetures ridulées au bas du dos, sur les hanches, parfois entre les cuisses et aux avant-bras ; au ventre et aux côtés, légers surplus de peaux flottantes et bourrelets résiduels attendrissants, que les bonnes âmes appelleront poignées d’amour, et les mauvaises, bouées crevées. Certains, bien entendu, s’écartent de cette description schématique, et présentent des excédents de peau sous d’autres formes et en des endroits du corps moins habituels, au bas du cou, derrière les oreilles, aux mains et poignets, j’en passe ; parfois, quelques cicatrices chirurgicales viennent remplacer une partie de ces stigmates inélégants.

Pourtant, on se tromperait de beaucoup si l’on considérait que les indices les plus importants de cette adolescence en surpoids étaient physiques. Le tour de taille adipeux ne doit-il pas être considéré comme une conséquence du mal-être plutôt que comme son origine ? Comme si c’était le regard des autres, le jugement des autres, qui avait poussé le garçon mal dans sa peau à grossir. Ce garçon un peu féminin, un peu bambin, trop tendre… Peut-être était-ce plus facile de se sentir moqué pour quelques kilogrammes superflus, que pour une homosexualité présumée ou parfois affichée. Quoi qu’il en soit, le mimi pas encore flasque encaisse, absorbe le regard des autres comme il absorbe la nourriture, et il retient tout. Il assimile lentement.

A la fin de l’adolescence, petit à petit, il change. Il acquiert de la confiance en lui, et il reprend le contrôle de son corps et de son image ; il connaît le goût du regard des autres, il en connaît l’amertume, et il sait la tenir à distance. Il est loin d’être aussi tendre et poupin que son visage le laisse croire.

C’est pourquoi, là, dans la chambre, lorsqu’il se déshabille et que son partenaire regarde ses vergetures, le mimi flasque reconnaît ce regard en moins de temps qu’il n’en faut au partenaire pour relever la tête comme si de rien n’était.

Heureusement, une psychanalyse et / ou de bons amis et / ou de la chance peuvent avoir le même genre d’effet sur les stigmates émotionnels du mimi flasque, que la chirurgie esthétique sur ses vergetures et peaux excédentaires.

Mon conseil : coucher avec eux le plus rapidement possible, de façon à crever l’abcès ; la confiance du mimi flasque – si tant est qu’on ait l’intention de la gagner – n’est accordée qu’après visionnage et acceptation du corps nu, c’est une condition sine qua non. Pour ceux qui préfèreraient s’en tenir à un romantisme formalisé, attention aux excès de tendresse hors coucherie, plus dure sera la chute.