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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Tableaux | 28.03.2014 - 20 h 31 | 0 COMMENTAIRES
Le passif dominant

Il doit y avoir des personnes qui n’ont jamais subi la moindre déconvenue en matière sexuelle, heureuses soient-elles ; mais je suppose qu’elles sont rares, ou qu’elles vivent sur une autre planète, ou dans une atmosphère de religiosité sans la moindre notion de ce qu’est une bonne baise. Pour ma part, j’ai un certain nombre de souvenirs particulièrement amers ou embarrassants, mais bon, je préfère raconter les soucis sexuels de mes amis plutôt que les miens, par pure humilité bien sûr.

Vous conviendrez que la base de la base du sujet sexuel dans le monde gay, c’est qui va prendre l’autre. Même nos mères ne pensent qu’à ça lorsqu’on fait notre coming out. J’ai d’ailleurs encore un cuisant souvenir du jour où ma mère m’avait demandé : « ça va ? J’ai l’impression que tu as du mal à t’asseoir ? »

Je lui avais répondu que si elle voulait savoir si j’étais actif ou passif, elle pouvait demander de façon moins détournée, et j’ai failli dire aussi qu’elle pouvait par la même occasion, tant qu’on y était, me décrire ses propres orgies sexuelles avec mon père. Puis, avec la plus grande délicatesse, j’avais expliqué que le monde n’était pas forcément noir ou blanc, qu’en théorie tout le monde, hétéros compris, était réversible, et qu’en outre on pouvait tout à fait avoir mal au cul sans s’être fait prendre.

Je ne suis pas rentré dans le détail plus que ça, mais j’aurais pu aussi lui parler des passifs dominants, en lui montrant que les plus passifs n’étaient pas forcément ceux qu’on croyait, que les meneurs de jeu n’étaient pas forcément les moins passifs, et que, bref, on s’y perdait régulièrement.

Je peux raconter une anecdote à ce propos, qui bien sûr est arrivée à un ami, mais je vais parler à la première personne pour simplifier. C’était lorsque, jeune et pimpant et actif, je fréquentais les arrière-cuisines du monde gay, c’est-à-dire les saunas, à la recherche de l’âme sœur, c’est-à-dire d’un passif de moins de trente ans. J’essayais d’avoir l’air sûr de moi, j’avais ajusté ma serviette autour de la taille de façon à mettre en avant mes atouts, et je m’étais posté à un endroit stratégique du labyrinthe (vous savez, ces temples du glamour), pour l’étape d’observation scientifique de la marchandise, qui précède logiquement l’attitude du harceleur actif prêt à fondre sur sa proie. Je ne me souviens plus du temps que cela m’a pris, en général on y passe beaucoup plus de temps qu’on ne l’avoue. Mais j’ai fini par repérer un joli garçon, qui au bout de deux regards et demi m’a fait comprendre qu’il était passif et acceptait d’être ma proie. Nous nous sommes enfermés dans une cabine, tout en commençant à s’embrasser, et à se tâter là où il fallait, moi ses fesses et lui mon sexe, de manière à confirmer aussi rapidement que possible que la relation sexuelle allait être satisfaisante. La réponse étant positive et la situation bien en main, je m’apprêtais à porter les choses plus avant ; quand, d’un coup, il me jette par terre, s’assied sur moi, me plaque les bras au sol, et me dit : « je veux te chevaucher, je veux te chevaucher, je vais te chevaucher ! » avec une voix suintante d’excitation.

Alors là, moi, plus rien. Silence, et niveau d’excitation descendu sous zéro en un quart de seconde. Moment d’embarras. Awkward, comme disent les Américains.

Parce que, premièrement, on n’utilise plus le mot chevaucher depuis je ne sais combien de siècles, sauf dans les romances galantes de Barbara Cartland.

Et puis, sérieusement, comment voulez-vous qu’on se sente actif ? Un peu de bon sens… En situation de première rencontre, il faut respecter deux ou trois codes de bonne conduite pour que les choses se passent bien, non ? Je peux comprendre les jeux et les nuances quand on est en couple, mais respectons les bonnes vieilles traditions dans les saunas, les cochons seront bien gardés et les fesses bien enculées. Passifs dessous, actifs dessus, et tout roule. Sinon, si on commence à changer les rôles, rien ne va plus, on s’y perd et on y perd sa vaillance ! La diversité et la flexibilité, c’est bien, mais point trop n’en faut, ne bousculons pas les dichotomies structurantes, les enfants seront mieux élevés avec un passif et un actif.

Bon, je m’emballe bien sûr et dis des bêtises, mais c’est parce que ma virilité avait été blessée (enfin, celle de mon ami, je veux dire). Il faut comprendre un principe universel : les gays actifs sont des gens fragiles. Si vous les émasculez, évidemment ils ne pourront plus bander… Ceux qui veulent être passifs, comme certaines femmes avec les hétéros, doivent – au début – faire un effort pour laisser le gay actif prendre les choses en main, le laisser penser qu’il gère la situation. C’est l’éternel paradoxe de la fellation : le sucé se sent dominant, mais c’est le suceur qui le tient par les couilles. Les passifs sont ceux qui ont le dessus, donc ils n’ont pas besoin d’être dessus physiquement – sauf si l’actif est trop lourd, ou si c’est une feignasse.

Bref, si vous voulez laisser libre cours à votre fantasme de passif dominant, un petit conseil : une fois que vous avez chopé un bon actif, attendez d’avoir assuré votre prise pendant au moins quelques semaines, le temps que sa peur de la castration ou de l’impuissance s’atténue, et qu’il vous fasse suffisamment confiance pour vous laisser les rênes de la situation.

N’attendez pas trop quand même : faites-le avant qu’il n’avoue être passif aussi.

Tableaux | 25.03.2014 - 10 h 21 | 1 COMMENTAIRES
Le gay lesbophile

Je ne sais pas ce qu’en diront mes lectrices lesbiennes, qui, j’en suis sûr, sont nombreuses et formidables ; mais je suppose que le mot « lesbophile » leur hérisse les poils. Trop essentialisant, trop catégorisant. Il ne leur aura pas échappé que j’ai une affreuse tendance, dans ce blog, à la généralisation abusive et satisfaite… Ceci étant, je m’adresse plutôt au gay moyen, qui est un peu froussard, et à qui le mot « lesbophile » fait peur.

Je veux donc rassurer mes coreligionnaires : la lesbophilie n’est ni une pathologie, ni un besoin irrépressible de collectionner les lesbiennes. Et pas non plus un amour passionnel pour l’île de Lesbos, qui, soit dit en passant, est magnifique. On peut voir ça plutôt comme un hobby, un de ceux qui ont plein de bonnes conséquences pour le corps et pour l’esprit, comme la bibliophilie ou la cinéphilie. C’est tout aussi varié : tous les livres ne se ressemblent pas, et on n’est pas obligé de tous les aimer. Mais c’est bienfaisant de s’adonner à ce tourisme en milieu étranger, de parcourir les rayons d’une bibliothèque, ou de fréquenter le milieu lesbien (pour peu qu’un « milieu » lesbien existe). Pour les hétéros, c’est un peu comme une aventure en terrain inconnu ; pour les homos, ça permet de se sortir du disque gay qui tourne en boucle. Par exemple, si vous vérifiez tous les jours s’il n’y a pas une nouveauté sur certains blogs à tendance communautaire affirmée, je vous conseille une petite cure de lesbophilie. Un certain nombre de personnes de ma connaissance gagneraient beaucoup à passer régulièrement du temps avec des lesbiennes. Evidemment, encore faut-il que lesdites lesbiennes soient d’accord, car elles sont plus réfractaires que des livres de bibliothèque, et il convient d’abord de montrer patte blanche. Le véritable gay lesbophile doit mériter son titre.

Les autres gays ont d’ailleurs tendance à le considérer comme quelqu’un d’un peu étrange : comme les plantes halophiles nous paraissent un peu singulières, ou les plantes psammophiles un peu tarées. En effet, ce sont des plantes qui aiment les milieux autres que l’humus ordinaire, celui qui est ni trop mouillé ni trop sec, ni trop ouvert ni trop fermé (humus, j’ai bien écrit humus, vous avez l’esprit mal tourné). Aux yeux du gay moyen, quelqu’un qui a des tendances lesbophiles, c’est un signal d’alarme, il faut faire attention, c’est comme quelqu’un qui aime se promener dans des endroits insolites, par exemple à la campagne, ca peut être dangereux. Il est vrai que le gay moyen a besoin d’être rassuré, c’est un peu comme l’hétéro moyen ; après tout, les hommes sont facilement effrayés. (Sinon pourquoi vriller les biceps et jouer aux patrouilleurs virils ?)

Je connais très peu d’hommes hétéros lesbophiles. Certes, il y a les hommes qui s’excitent tout seuls en s’imaginant des femmes luisantes qui se caressent à longueur de journée ; mais c’est à peu près l’inverse de la lesbophilie, ça relève tout simplement de la branlette primaire, plus égophile qu’autre chose. Les seuls véritables hétéros lesbophiles, à ma connaissance, sont des gens excessivement bien, rien à dire, malins, sympas, drôles. Enfin, le seul que je connaisse, en tout cas. Pourquoi y en a-t-il si peu ? Peut-être parce que les hommes hétéros ont du mal à s’imaginer que les lesbiennes existent, tout simplement ? Ca leur paraît tout à fait aberrant qu’une femme puisse réellement se passer d’eux…

En revanche, pour les gays, c’est plus facile à imaginer, mais comme ils adorent les clichés, les lesbiennes leur font peur. En fait, le cliché de la lesbienne effrayante est rassurant pour les gays.

Au final, le gay lesbophile est une catégorie relativement peu répandue, qui se décline en deux grands types. Il y a le militant, lesbophile moins par affinité que par conviction ; il n’est pas très drôle, mais on est bien content qu’il prenne la parole lors des manifs et nous indique l’endroit où il faut cliquer pour signer les pétitions et avoir l’air engagé. Le véritable gay lesbophile, celui qui fréquente les lesbiennes sans raison particulière, est beaucoup plus rare. Pourtant il est assez ordinaire physiquement, il va faire son body attack régulièrement mais n’a pas les muscles saillants et scintillants d’une gym queen, peut-être parce qu’il passe la moitié de son temps de sport à bavarder et à rigoler avec tout le monde. Il rit tout le temps, il adore l’humour butch (si si, ça existe). Ca lui procure quelques avantages, il ne se fait pas refouler au 3W et se fait servir rapidement au Rosa Bonheur. Il ne se souvient presque jamais de ses conversations avec les lesbiennes, c’est peut-être pour ça qu’elles l’aiment : il est cool, pédé, mais ne cherche pas à toucher leurs seins pour voir comment ça fait.

C’est un amant formidable, mais ne rêvez pas à la monogamie. Il n’aime pas être bridé. C’est une sorte d’électron libre. C’est ce que je disais au début de ce billet : la lesbophilie, c’est comme les livres, c’est libérateur.

Une dernière remarque : lesbophilie / homophilie, rien à voir, les termes ne sont pas sur le même plan. Un jour, un homme d’âge mûr a essayé de me démontrer qu’il n’était pas homosexuel, mais homophile : il n’appréciait pas le côté trop sexualisé du mot « homosexuel ». Comme ça avait un très net goût d’homosexualité mal assumée, j’en ai déduit que se dire homophile, c’est être homophobe.

Tableaux | 21.03.2014 - 01 h 06 | 1 COMMENTAIRES
Le caramel mou

Il y a une catégorie de gays qu’on a envie d’appeler, dès qu’on les connaît un peu, de tous ces surnoms un peu mièvres que les filles hétéros donnent à leurs petits copains quand elles ont moins de vingt ans, et malheureusement après aussi : choupinou, choupinet, mon trognon d’amour, mon lapin, mon lapin d’amour chéri, mon chat, mon chaton, mon chatounet, j’en passe.

Je ne peux pas parler pour les hétéros, mais un gay qu’on appelle « mon choupinou » a de fortes chances d’être ce que j’appelle un caramel mou. Les caramels mous sont bons comme tout, sucrés, gentils, tendres, addictifs, mais mous au point que ça en devient insupportable. Ils vous fondent dans les bras, mais du coup ne sont pas très rigides, ce qui est dommage, vous admettrez. L’autre problème, c’est qu’ils sont adorables, mais ensuite, ça vous colle, ça s’incruste, et on a du mal à s’en débarrasser. Vous vous souvenez du Carambar qui se colle entre vos dents comme de la superglu ? Il faut avoir de bonnes dents. Parfois, c’est le Carambar qui gagne, et quand il part, il emmène avec lui une petite partie de vous.

Ils s’immiscent aussi – l’air de rien – dans votre petit cœur délicat. Par exemple, un jour, vous en avez jeté un comme une vieille chaussette ; puis, quelques semaines plus tard, vous avez le moral dans les mêmes chaussettes. Eh bien, la seule pensée qui vous vient, c’est de l’appeler, parce que vous rêvez de ses bras tendres, adorables, doux, en ce moment de déprime. Les vieilles chaussettes se vengent, et elles ont un goût de caramel mou.

Il y a aussi les caramels durs avec cœur fondant. Ceux-là, c’est une tuerie. Ils sont durs juste comme il faut, d’une saveur exceptionnelle, et puis, au moment où on est prêt à craquer, ils assènent le coup fatal, le fondant du milieu, le cœur tendre, délicat, et au goût puissant. On cède, on lâche tout, on tombe amoureux. On pense qu’on a trouvé le caramel de sa vie. Sauf qu’au bout d’un temps assez court, le caramel disparaît. Hop, plus rien. Parti. Et il ne nous reste que le goût en bouche. Envie d’un autre caramel, et la conscience que le caramel suivant ne sera jamais comme le premier.

Encore une fois, la sagesse populaire de comptoir de café nous renseigne intelligemment. Trop de sucré, c’est mauvais pour la santé ! Et puis, le sel de la vie, ça n’est pas le sucre de la vie, et même si vous prenez un caramel au beurre salé, ça n’est qu’un ersatz, une illusion de sel. Sortir avec un caramel mou bobo à la fleur de sel de Guérande, ça fait chic quelques minutes, mais bon, hein, ça ne nourrit pas son homme.

D’ailleurs, moi, jamais je ne suis tombé amoureux de caramels mous.

Et en écrivant ces mots quelque chose fond dans mon cœur.

Tableaux | 13.03.2014 - 18 h 58 | 0 COMMENTAIRES
La ménagère méticuleuse

Pour savoir si vous êtes en couple avec une ménagère méticuleuse, les miettes de pain sur la table constituent un test fiable à presque 100%. Disposez quelques miettes sur la table du salon avant que votre compagnon ne rentre du travail. Au moment où il rentre, faites-vous trouver, l’air de rien, devant une mièvrerie à la télévision, démontrant ainsi subtilement votre ferme intention de ne pas nettoyer alors que vous n’avez rien à faire. Et vérifiez au bout de combien de temps les miettes ont disparu. Evidemment, regardez aussi discrètement par terre au pied de la table, au cas où votre compagnon aurait simplement passé la main sur la surface de la table (en application du principe : ce qui est petit et par terre, on ne le voit pas, donc c’est propre). Si les miettes ont disparu et qu’elles ne sont pas par terre, et que votre compagnon n’a pas encore enlevé son manteau, c’est que vous êtes maqué avec une ménagère méticuleuse.

Dans ce cas, attention danger, code rouge, vous allez en baver. Les ménagères méticuleuses (le mot n’a rien à voir avec le mot « miettes », malgré l’efficacité du test) sont des mantes religieuses. Elles ont tendance à dévorer leurs amants, même si ça reste en général symbolique en ce qui nous concerne. Elles ne font qu’une bouchée de ce qui les attire, et qui définit leurs proies : leur espace, leur insouciance, leur simplicité. Elles pompent la joie de vivre plus vite que des sangsues. Toutefois, pour survivre face à une ménagère méticuleuse, la recette est tout à fait simple. Ne cherchez pas à la détruire, à l’écraser (elle est plus forte que vous) ; mais donnez-lui un peu du suc de vie dont elle se nourrit. Faites un effort occasionnel de nettoyage d’appartement, ça devrait suffire (en tout cas, ça me suffit, à moi). Eventuellement, offrez des fleurs –  mais pas des lys, leurs étamines provoquent des taches orangées exaspérantes, n’est-ce pas.

Pour savoir si vous êtes vous-même une ménagère méticuleuse, c’est assez simple aussi, voyez si vous vous reconnaissez dans les lignes qui suivent.

Que pensez-vous des adorables petits poils de barbe éparpillés çà et là dans le lavabo de la salle de bain ? Les cheveux parsemés sur le carrelage de la douche ? Et les ongles coupés qu’on découvre avec bonheur, par inadvertance, près de nos instruments et crèmes de beauté ? Les lentilles de jour séchées, oubliées sur le meuble de l’entrée, à côté des clés ? Les miettes de pain sur la table basse devant la télé ? Ce sont comme de petits insectes, ceux qu’on a en horreur, et qu’on a envie de voir disparaître, ou plus exactement qu’on aurait aimé ne jamais voir, ces petits cafards sur un bord d’un meuble de cuisine, ce poisson d’argent qui se faufile, effrayé par la lumière, dans une fente du mur des WC… Et je ne parle même pas des morpions et de leurs lentes dans les draps du lit…

Finalement, les chaussettes sales sous la commode, les habits en vrac un peu partout, le sac de sport où les habits humides marinent pendant trois jours, c’est presque rassurant ?

Vous avez l’impression, voire la certitude, que vous passez l’aspirateur, le chiffon, la serpillère, etc., plus souvent que votre compagnon ? Vous avez l’impression de faire des efforts considérables pour le laisser vivre et ne pas passer systématiquement derrière lui pour essuyer les tables, étagères, surfaces des meubles ?

Vous avez déjà testé, en vain, la technique du combat à armes égales, c’est-à-dire que vous avez disposé sur son bureau ou sa table de nuit des restes de nourriture ou un mouchoir sale, pour qu’il comprenne à quel point c’est répugnant – et il ne s’en est même pas aperçu ?

Prenez un homme ou une femme de ménage, faites du sport pour vous défouler, et allez voir un psy. Vous avez toutefois le droit d’exiger de votre compagnon qu’il vous offre des fleurs de temps à autre – mais pas de lys, bien sûr, ça va sans dire.

Processus | 11.03.2014 - 11 h 46 | 4 COMMENTAIRES
Vieux pot, bonne soupe ?

Cher lecteur, souvent homme varie. Me revoici donc.

Les ruptures franches et définitives sont tendanciellement suivies de tentatives de raccommodage, le côté « définitif » étant à classer comme relevant de l’intention, et pas plus effectif qu’une résolution de nouvelle année. On assiste donc en général, assez rapidement après la rupture, à tout un assortiment de simagrées : j’ai traversé une période difficile, je ne savais plus ce que je voulais, je sentais que notre couple me rendait aigre, je ne savais pas comment le renouveler. Tout un blabla, sûrement sincère, plus ou moins élaboré, qui veut dire en fait : tu me manques, j’ai envie de baiser, et c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

Ce n’est pas spécifique au monde gay évidemment ; mais les gays ont une expérience considérable en matière de réemploi et de recoucheries, les relations vont et viennent beaucoup. Ce savoir-faire exceptionnel consiste en une stratégie unique, laquelle se décline, tout de même, en deux variations. Première possibilité : ramper aux pieds de l’autre, et dire « j’ai changé ». Seconde possibilité : ramper plus, et dire « je n’ai pas changé ». Les deux marchent très bien sur le court terme, mais sur le long terme c’est la deuxième qui fonctionne le mieux, tout simplement parce que la première est un mensonge éhonté. Elle occulte un complément circonstanciel de temps qui n’a rien d’un détail mis en note de bas de page : « je t’assure, j’ai changé – en tout cas pour quelques semaines ».

Bref, ce qui marche, c’est le fait de ramper. Je ne crois pas que ça soit particulier aux gays, mais peut-être aux hommes plus généralement ? Dans cette société phallocentrique, le fait de ramper devant un ou une ex pour le/la reconquérir donne enfin aux hommes l’occasion de montrer au grand jour leur vulnérabilité (et pour certains de jouer les tragédiennes éplorées). Mon amour, je ne peux pas vivre sans toi… Quand on parle de soupe et d’opéra… Mais bon, quand les hommes s’abaissent à montrer leur sensibilité, il ne faut pas non plus trop en demander et exiger en plus de l’originalité et de la personnalité.

L’adage est donc simple : pour reprendre, il faut réapprendre à ramper. Tant qu’on n’effraie pas la proie à reconquérir, on peut sans problème piétiner sa propre dignité, s’effondrer en sanglots, faire comprendre par des biais scandaleusement évidents (le bouche-à-oreille amical) qu’on est en dépression profonde, etc. Avec tout de même quelques limites : notamment, évitez les promesses du type « cette fois, je te satisferai sexuellement ». C’est vulgaire, ça ne marche pas, et puis c’est sûrement faux. A la rigueur, on peut promettre de laisser plus de liberté à l’autre, en espérant que lui-même en profitera pour nous en accorder tout autant. On ne change pas, mais les termes de la relation peuvent évoluer.

Lecteur, je reprends donc les Esquisses, et je vais m’auto-accorder plus de liberté textuelle. Parce que, certes, on ne change pas une recette de soupe qui gagne, et c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs bouillons, mais à force de réchauffer de vieilles garbures rancies, on arrête d’être la cuisinière expérimentée et facétieuse pour devenir la sénile radotante chez qui on évite d’aller manger.