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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Tableaux | 26.01.2015 - 23 h 29 | 1 COMMENTAIRES
Le sugar dandy

Un ami m’a demandé d’esquisser un portrait de dandy gay ; les magnifiques dandys, ceux qui se sont trompés de siècle, qui vénèrent Huysmans et Luisa Casati (ce sont les seuls à savoir de qui il s’agit), qui toisent de haut la plupart des hommes et toutes les femmes, et prennent leur thé avec du sucre, sinon cela leur donne des aigreurs d’estomac. Cependant, par peur de ne point lui rendre justice, je préfère lui laisser la parole, et expliquer, en toute simplicité, qui il est, et ce que sont ses valeurs et ses désirs.

« L’élégance, art magnifique, tient non pas de la politesse ou de la norme, mais de la grandeur d’âme. Elle est un hommage à la Beauté, la Beauté majuscule, non pas la petite joliesse des femmes ordinaires, non pas le charme facile du mâle sûr de son fait. L’élégance vestimentaire trouve son écho, sa résonance inéluctable, dans la référence discursive. La référence est une communauté de goût, une osmose lautréamontienne, une synesthésie baudelairienne, un hymne formidable au symbole et à l’image, et par conséquent se doit d’être excellente, parfaite, admirable. Elle procède, directement et absolument, de la connaissance. Celle-ci n’est pas un art : elle est un privilège et une arme. Elle élève l’homme, et parfois la femme, à un rang quasi divin. Elle permet la conversation, qui ne se conçoit que dans certains écrins, les narines envoûtées par des vapeurs de thé, et le regard occasionnellement flatté par la présence de tableaux de maîtres disposés au mur, selon une harmonie bien réglée. Elle se nourrit de figures, d’hyperboles, de métaphores. Ces dernières se doivent d’être luxueuses, luxuriantes, ébouriffantes. Le style de la parole, comme celui de l’habit, doit faire de la norme et du normal des esclaves délicieux, emmenés dans des volutes, des spirales, des étourdissements conceptuels et visuels, une débauche de grâce décadente et de finesse somptueuse. Car la débauche est également un art, accessible seulement à qui maîtrise les règles les plus élaborées de la bienséance et des étiquettes. Pour se lover dans une véritable débauche, il faut qu’il y ait dépassement des protocoles, sublimation de la norme, excentricité et excellence. La débauche est bien plus qu’un mode de vie : c’est une quintessence.

Toutes ces grandeurs, ces magnificences, sont transcendées par le sexe. L’orgasme, multiple, multiforme, multilingue, est l’apex, l’apothéose, l’assomption ultime du dandy.

C’est pourquoi, en vérité, toute cette extravagance, ces débordements stylisés, ces plaisirs raffinés, ces infimes mouvements, ces logiques d’apparence, ces arabesques, cette haine inextinguible de la vulgarité, ne pointent que vers un seul et même objectif : baiser. »

 

Pour en lire plus : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Tableaux | 14.01.2015 - 12 h 43 | 0 COMMENTAIRES
Le dessinateur gay

Mettons d’emblée deux choses au clair. Premièrement, le dessinateur gay – comme l’auteur gay, je sais de quoi je parle… – est un artiste, c’est-à-dire qu’il est convaincu que ses névroses gagnent à être connues du monde entier. Si le monde entier s’en contrefiche, c’est que les gens sont des ânes, et la postérité se chargera de réparer cette injustice. Deuxièmement, le dessinateur gay est tout à fait capable de dessiner autre chose que des sujets gays. Ce n’est pas de sa faute si son public est irrécupérable, et cherche toujours le petit détail gay dans le dessin…

Il est vrai que le public gay n’est généralement pas très difficile à combler. Il suffit qu’il se persuade qu’il y a une allusion gay dans un dessin, et immédiatement le dessin y gagne une valeur absolue et définitive ; c’est un dessin « qui parle », qui « fait sens ». En réalité, c’est surtout un dessin qui parvient à faire croire à son lecteur que celui-ci est doué d’une acuité d’esprit exceptionnelle, parce qu’il a perçu la subtilité de l’allusion gay. Un dessin qui réussit à créer un lien avec son observateur, une communauté d’esprit. Si bien qu’au fond, le dessinateur n’y est pour rien : il pourrait dessiner une colline avec un arbre, à partir du moment où l’on sait que le dessinateur est gay, on verra dans le dessin un symbole phallique, ou une allusion aux lieux de drague en milieu rural, et on trouvera que le dessin est génial.

Du coup, inévitablement, on retrouve toujours – parce que c’est ce qu’on cherche – un joli garçon dans un coin, un clin d’œil gay, quelque chose que le dessinateur n’a pas pu s’empêcher d’ajouter, un détail : une chaussure à talon, des menottes, un magazine tendancieux… Même s’il dessine un costard, on imagine qu’il y a un fantasme derrière. Quand il montre une tasse de café qui se renverse, on pressent que la cause en est une sorte de pulsion sexuelle irrépressible, une table débarrassée au plus vite des objets superflus pour pouvoir servir de socle à une bonne baise spontanée et brutale comme dans les films. Il dessine une bouteille de Champagne ? Rien n’est plus gay. Un miroir ? C’est la vanité des homosexuels qui passent leur vie à se regarder le nombril. Un téléphone portable ? Réseau social de rencontres. Des immeubles ? La géographie mentale de ses plans cul. Des affaires de sport ? Rien d’étonnant, avec le nombre de gays qui vont faire de la gonflette, pas besoin d’aller chercher bien loin. Si en plus vous ajoutez un titre avec le mot gay dedans, vous pourrez lire dans le regard des observateurs une expression satisfaite : CQFD, 2+2=4, je le savais, c’est clair comme de l’eau de roche, ce dessinateur, c’est un garage à bites, je le sais de source sûre. Peu importe que l’ensemble des éléments cités ci-dessus proviennent d’une commande d’un auteur ou d’un éditeur, et d’ailleurs tout cela n’a rien à voir avec la couverture de mon bouquin, qui a été faite par un excellent dessinateur gay, mais c’est tout à fait indépendant de mon propos, bien entendu.

Du coup, tant qu’à être catalogués, certains dessinateurs gays dessinent de beaux garçons. Ca flatte à la fois leur public et leur ego, ainsi que l’ego de leurs détracteurs, donc c’est tout bénèf pour tout le monde, y compris sur le plan du nombre de ventes. L’avantage du dessin par rapport à la photographie, c’est qu’on s’identifie plus facilement. Encore une fois, rien à voir avec la couverture de mon bouquin, dont je rappelle qu’il s’intitule « Tous les gays sont dans la nature » et qu’il est en vente sur internet et dans les bonnes librairies.

Les ami.e.s du dessinateur gay lui disent qu’il a une « patte ». La plupart du temps, c’est parce que ses ami.e.s n’y connaissent rien mais essaient de lui faire plaisir. Le reste du temps, ça veut dire qu’il ne dessine pas très bien, et qu’on le reconnaît grâce à ça. La « patte » du dessinateur, c’est aussi un prétexte qui lui permet de faire tout le temps la même chose : ses dessins sont tous les mêmes, mais c’est intentionnel, c’est un style, c’est une patte.  On peut dire la même chose de certains auteurs de blogs qui, par exemple, je dis ça au hasard, font des portraits gays : ce n’est pas du tout qu’ils ont une écriture un peu répétitive, ou qu’ils ont du mal à se renouveler ; c’est qu’ils ont une patte, évidemment.

En tout cas le garçon dessiné sur la couv de mon bouquin n’en a pas – de pattes. Vous pouvez aller vérifier, sur le site des éditions Des ailes sur un tracteur. Mais ca n’est pas le propos de ce billet, je me permets de le souligner.

Tableaux | 13.01.2015 - 19 h 19 | 0 COMMENTAIRES
Quelques morceaux choisis

Cher lecteur,

Voilà, ça y est, mon bouquin est disponible en pré-commande aux éditions Des ailes sur un tracteur (voir au bas de ce billet)… Et voici une tentative guère subtile de booster ma vanité et le nombre de pré-commandes : quelques morceaux choisis.

La figue mûre

Il y a des gays qui ressemblent à de grosses figues bien mûres, rondes et fermes, extrêmement juteuses ; ils peuvent être un peu angoissants à première vue mais ils sont délicieux dès qu’on commence à y goûter.

L’hypocondriaque

Transformer une sensation de mal de gorge en présage mortuaire cauchemardesque, l’agencer avec finesse dans un engrenage de symptômes sur lequel plane l’ombre glaciale du destin, vivre cette sensation avec terreur mais élégance comme s’il en allait non seulement de sa propre vie, mais du souvenir et du vide que l’on est sur le point de laisser à ses proches : tout cela requiert un talent consommé, une technique cultivée depuis la plus tendre enfance, en général grâce aux leçons et attentions intarissables d’une mère surprotectrice.

Il n’est pas impossible que certains gays aient une tendance à l’exagération et un talent pour la grandiloquence qui pulvérisent la concurrence hétérosexuelle.

Le gendre idéal

J’ai été un gendre idéal pendant suffisamment longtemps pour me permettre de prodiguer un conseil tout simple, aussi bien aux gendres idéaux qu’aux victimes consentantes de leurs charmes manipulateurs et bienséants : baisez le plus possible.

La bourgeoise propre sur soi

La bourgeoise propre sur soi sélectionne rigoureusement ses fréquentations. Il y a quelques exceptions, car il faut bien montrer son ouverture d’esprit, et faire partager à d’autres, moins fortunés que soi, son bonheur ; la bourgeoise organise donc une à deux fois par an une petite sauterie, si possible un barbecue sur sa terrasse nouvellement réorganisée par un paysagiste homosexuel.

L’artiste pilier de bar

L’artiste pilier de bar gay est celui qui vous regarde d’un air pénétrant, à la fois inquisiteur et inspiré ; et qui reste silencieux pendant que vous meublez la conversation, jusqu’à ce qu’il ait réussi à vous donner l’impression qu’il vit sur une autre planète et qu’il ne s’intéresse pas du tout à vous. Ce n’est pas tout à fait une illusion, d’ailleurs.

Le mec paumé

Oui, c’est un inventaire à la Prévert, comme on dit : un kaléidoscope chaotique de personnalités perdues, çà et là, dans un long marécage dont ils sont les héros. Des insectes perdus sur un immense plateau rocheux, ou bourdonnant dans le vent ; des poussières voletant dans la lumière. Les personnes qui se perdent sont la poésie du monde.

La mondaine

Etre une mondaine efficace est un sport complet, qui fait travailler les jambes, les hanches, les mains, les muscles du visage ; il faut être vif de corps tout autant que d’esprit. Et je ne parle pas du porte-monnaie, qui doit également être vigoureux, pour offrir une tournée ou deux : après tout, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

L’élu hors placard

Il s’agit là d’une espèce en voie d’apparition. C’est un phénomène suffisamment rare pour qu’on le note, en ces temps de catastrophes biologiques à répétition ; toutefois, les scientifiques ne sont pas encore en mesure d’affirmer si l’espèce tend à s’acclimater et à se multiplier, ou s’il s’agit d’une mutation passagère.

Le fonctionnaire réservé

C’est la catégorie gay la plus répandue dans le milieu de l’éducation nationale. C’est une forme de gendre idéal, version professionnelle, option fonctionnaire. C’est plus ennuyeux qu’un film iranien. Mais j’ai une indulgence un poil complaisante avec les types qui me ressemblent.

Le prétendu littéraire : l’auteur gay

On pense toujours qu’un bon littéraire doit être nul en maths. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas bronché lorsque mon éditeur m’a dit : finalement, on ne va pas couper la moitié de ton texte, seulement les trois cinquièmes. Merci, ai-je dit, ça me touche.

 

Pour en lire plus : http://www.desailessuruntracteur.com/NOUVEAU-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature–80-portraits-acidules-par-Antoine-Le-Blanc_a127.html

Traits | 11.01.2015 - 12 h 21 | 0 COMMENTAIRES
Une route qui longe le vide

C’est une route qui longe le vide

La beauté renversante d’un précipice aux abords du monde

La poésie

 

Tu sais cette ligne de chant d’amour dont je te parlais

Ces lèvres délicatement effleurées par un rayon de lumière

L’air endormi

Je peux encore l’entendre battre sourdement

D’un mur à l’autre

Comme ce train au ralenti qui, dans mon enfance,

Me transportait ailleurs, loin,

Son rythme régulier scandait le monde

Que je ne pouvais atteindre

 

J’ai peut-être toujours su que ce train

N’existait pas

Ailleurs que dans mes yeux fermés

C’est là qu’il battra encore, à rythme constant

Quand le soleil se sera couché et que, de derrière les persiennes,

Je ne sentirai plus qu’un frisson clair

Avant la nuit

 

Au fond de la route

Les sons en chaos

Tombés et brisés les uns sur les autres

La frêle délicatesse du monde