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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Processus | 25.02.2015 - 11 h 17 | 0 COMMENTAIRES
Week-end chaste, lundi faste

Disons-le tout net : pour la plupart d’entre nous, lorsque le week-end est chaste, il est perdu, infructueux, à oublier, nul et non avenu. La seule possibilité de réhabilitation du week-end consiste à coucher le lundi au plus tard.

Or, il se trouve que les week-ends sont assez fréquemment chastes, parce qu’une bonne partie des gays a tendance à jouer au héron de la fable, c’est-à-dire à avoir des exigences plus hautes que ce qu’il a sous les yeux et à disposition. Et par conséquent, week-end mirage, lundi volage, tout le monde essaie de tirer son coup le lundi. On pourrait dire aussi, plus vulgairement : week-end frugal, lundi anal. Ou encore, en version référencée : dimanche, journée blanche, mais le lundi, c’est sexe-au-lit.

De fait, lorsqu’on a passé tout un week-end à essayer de choper en vain, on se retrouve le lundi avec des exigences beaucoup plus basses, et une frustration à son maximum, si bien que ça finit par marcher. Le lundi est faste, même si la nourriture est de moins bonne qualité ; c’est le jour du hard discount après les rêves brisés de restaurant étoilé. Cette logique s’auto-nourrit : tous les garçons qui ont joué au héron snob pendant les soirées du week-end se retrouvent le lundi soir, ou en matinée pour les malins qui avaient prévu le coup. Bien sûr, ils se snoberont à nouveau le reste de la semaine.

C’est le même principe, à l’échelle du week-end, que les soldes de fin de soirée en boîte : la période principale, le cœur de la soirée, pleine de mirages et de jeux de désirs repoussés, est suivie d’une période où le niveau d’exigence est plus bas, et où l’on a bien de la chance si on finit avec quelqu’un qu’on avait snobé quelques heures plus tôt. La plupart du temps, on part seul, ou avec quelqu’un qui est tellement en-dessous de nos critères habituels qu’on n’osera jamais l’avouer à ses potes.

C’est pourquoi la baise du lundi soir est libératrice, mais que personne n’en parle jamais.

Il y a plusieurs avantages supplémentaires qui rendent la baise du lundi soir tout à fait adéquate. D’abord, le lundi soir après le boulot, il y a des chances qu’on soit moins bourré que le week-end à n’importe quel moment excepté le samedi entre 14 heures et 17 heures. Ensuite, précisément, on revient du boulot le lundi soir, on vient de voir son patron, ses collègues, et surtout une avalanche de mails qu’on avait réussi à éviter depuis le vendredi après-midi. Bref, on ressent un irrépressible besoin de se défouler, ou de se faire défouler.

En outre, il n’y a jamais rien à la télé le lundi soir, donc il faut bien remplir la soirée. Pas question de mobiliser les amis : ils sont tous occupés à la même chose que vous – chercher un plan pour une heure ou deux.

Enfin, la baise du lundi soir a aussi une vertu secondaire, mais agréable : elle prolonge le week-end, et annule en quelque sorte le boulot du lundi, comme s’il n’avait jamais existé ; par la même occasion, elle embellit également la perspective de la semaine à venir, puisque ce sera une semaine avec seulement quatre jours de travail.

Le mardi soir, en revanche, c’est sabbat gay, personne ne bouge, repos hormonal, fermeture hebdomadaire des orifices ; c’est ensuite seulement le mercredi que commencera l’anticipation du week-end à venir.

Pour ceux qui se retrouveraient seuls le lundi soir, il y a toujours la solution de l’au-delà du hard discount – la branlette solitaire, option xtube. Précision : la pérennisation des lundis branlette ne rend pas sourd, mais aigri.

Bien sûr, cette réflexion porte sur une moyenne. Certains gays considèrent le week-end comme chaste s’ils ont baisé moins de dix fois, ou avec moins de dix partenaires. Je n’ose même pas imaginer ce qu’un lundi faste doit être pour eux. En ce qui me concerne, je suis passé de l’autre côté de la barre, pour ainsi dire ; je me satisfais amplement d’être pioché de temps à autre pendant les soldes de fin de soirée. Quelques fois, je joue quand même au héron snob, mais ça n’est pas signe de jeunesse et de prétentions élevées : c’est parce que je préfère raconter des histoires plutôt que coucher.

Processus | 12.02.2015 - 17 h 10 | 2 COMMENTAIRES
Le bénévolat

J’ai lu un jour un article qui évoquait les différents systèmes de « gratuité ». L’article en dénombrait quatre. Les trois premiers sont une sorte de fausse gratuité, un miroir aux consommateurs. Premier système, une gratuité payée par la publicité. Deuxième système, un produit offert si le consommateur achète autre chose. Troisième système, un produit gratuit en basse qualité invitant à acheter un produit semblable mais en haute qualité et avec plus de services. Quatrième système : le don réel. Oui : quelque chose de vraiment gratuit, un don de temps, de compétence, d’argent, comme on veut. C’est de cela que je voudrais parler dans ce billet. Plus précisément, je voudrais parler du bénévolat – qui est pratiquement devenu un gros mot, en ces temps de compétitivité et de productivité.

Pourquoi fait-on du bénévolat ? Certains cherchent de la reconnaissance. D’autres répondent à une sorte d’injonction sociale et morale : c’est bien, de faire du bénévolat. D’autres encore le font par ennui, ou pour maintenir les apparences. Pour certains, il s’agit de se dédouaner d’autres comportements, de se faire pardonner, en quelque sorte. Toutes ces raisons s’apparentent plutôt à de faux systèmes de gratuité : on recherche quelque chose en retour.

Bien sûr, les raisons ne sont probablement jamais uniques ni simples. En tout cas, il y a bien un autre type de bénévole. Celui ou celle qui donne son temps et son énergie pour une raison qu’il faut bien appeler d’un nom qui sonnera souvent galvaudé ou mièvre : l’altruisme, la générosité, la gentillesse, l’abnégation, l’envie d’aider et de partager, la solidarité, la fraternité… Cela existe aussi : des personnes qui donnent.

Cela devrait être juste beau, et humain : le partage non marchand, la transmission, la fraternité, c’est un peu le sens de la vie. Et pourtant, cela crée parfois en moi un certain malaise : parce qu’il y a des moments où j’ai l’impression qu’une partie du monde hétéro s’est en quelque sorte accaparé le bénévolat au sens le plus fort, s’est arrogé le droit de définir ce qui était du bénévolat, et ce qui n’en était pas. Comme si, même dans ces actes non marchands et solidaires, la norme hétéropatriarcale était l’étalon de la légitimité.

Je m’explique. Dans le monde gay, le bénévolat est très fréquemment associé à une forme de lutte politique. Il est le plus souvent inséparable de la prévention contre les infections sexuellement transmissibles et/ou de la lutte contre l’homophobie. Du coup, pour beaucoup d’extérieurs, cela donne l’impression que ce sont de faux systèmes de gratuité ; du faux bénévolat, comme si la personne bataillait en réalité pour son propre « confort » et celui de ses proches. En témoigne une sorte de présomption d’homosexualité : on présuppose que les personnes qui sont engagées dans les luttes LGBT sont des personnes LGBT. Comme s’il était impensable pour un homo d’être réellement bénévole ; de donner réellement. Si on se rend compte qu’il y a un ou une hétéro parmi ces personnes, immédiatement on l’admire pour son abnégation. Parce que les homos, non ? Leurs actes ne peuvent qu’être intéressés ?

Si une association regroupant des bénévoles LGBT parvient à gagner une certaine influence, on parlera de lobby. On dira que les gens comme ça, les homos, ne peuvent bien sûr lutter que pour faire avancer leur propre cause, par la propagande et l’activisme. (Tandis que, bien entendu, le bénévolat catholique qui va aller aider les démunis n’est, lui, sous-tendu par aucune forme d’idéologie…)

Ainsi on enlève même aux homos le droit de faire quelque chose gratuitement.

Heureusement, il est probable que ces personnes, qui définissent ce discours hétéropatriarcal et ces œillères éthiques, même pour décider de qui fait du réel bénévolat et qui n’en fait pas, soient une minorité. Dominante, certes, mais une minorité.

Alors, pour conclure, une remarque toute simple : ce sont eux qui se trompent de vie.

Et merci à vous, toutes et tous, LGBT, queers, hétéros, qui donnez du temps et de l’énergie, qui faites preuve de solidarité, de générosité, de fraternité, d’humanité.

Processus | 07.02.2015 - 18 h 13 | 0 COMMENTAIRES
L’allumeur – scène de la vie ordinaire – story of my life

Je l’ai rencontré en boîte. On buvait un verre avec mes potes au bar, on discutait, et là je le vois passer, nos regards se croisent, putain il est super canon. Nos regards se croisent juste une demi-seconde, juste le temps qu’il faut, je crois qu’il m’a remarqué aussi. Il s’éloigne, j’en profite pour le scanner discrètement, ses habits, sa démarche, ses épaules, ses fesses ; pas de doute, il est grave sexy. Bon, je continue à discuter avec mes potes. Quelques minutes plus tard, je le vois pas très loin, quelques groupes de personnes nous séparent ; il me regarde un peu plus longuement, et il me sourit ; un sourire doux, un demi-sourire en fait, je sens qu’il n’ose pas trop, mais je reconnais le signe. Bon moi évidemment comme un idiot je détourne aussitôt la tête et ne pense pas une seconde à lui retourner le sourire.

Pour me rattraper, j’imagine une stratégie subtile. J’explique à mes amis que je retourne danser, et je me débrouille pour passer à côte de lui sur le chemin. J’ai la ferme intention de le regarder droit dans les yeux, voire de sourire et peut-être même d’engager quelque chose comme une conversation. Bien entendu, je n’ose rien de tout ça, et au moment où je passe à côté de lui, je fixe mon regard droit devant moi en faisant semblant d’être complètement absorbé par quelque chose qui se passe au loin. Je suis à peu près certain de ne tromper personne. Il me semble sentir son regard sur moi, interrogateur, peut-être amusé. Il regarde ma nuque quand je m’éloigne. Je n’ose pas me retourner et je sens que je marche de façon un peu artificielle. Quelle gourde. C’est fichu, laisse tomber, va vraiment danser et on n’en parle plus.

Une demi-heure après, alors que mes potes m’ont rejoint sur la piste de danse, j’ai pratiquement oublié le canon sur lequel j’ai flashé un peu plus tôt. Et bien sûr, c’est à ce moment précis que, en bougeant ma tête à droite à gauche au rythme de la chanson, je l’aperçois, de dos, à un mètre de moi à peine ! Mon mouvement de danse s’arrête ou plutôt se disloque un quart de seconde ; je suis tétanisé. Je me reprends rapidement et vérifie que personne parmi mes potes ne s’est aperçu de ma tempête intérieure. Comme dab, heureusement, tout le monde s’en tape. Mais dans ma tête, je suis déjà en train d’élaborer tout un tas de scénarios d’approche. Je tourne la tête à nouveau pour vérifier qu’il n’est pas parti, et là, stupeur et glaciation, il s’est encore rapproché, il me touche presque… il me tourne toujours le dos, mais que faire ? Je danse tant bien que mal en essayant de le toucher subrepticement. Je le cogne, en fait ; ce qui me donne l’occasion de le regarder, de sourire (un sourire atrocement de travers) et de lui balancer mes premiers mots : « oh, pardon ». Il ne dit rien, il sourit encore plus. Putain, ce qu’il est beau.

Je me retourne en me maudissant intérieurement : d’abord il est trop beau pour moi, et tout ce que j’ai trouvé à dire c’est « oh pardon ». On ne fait pas plus niais. Je trouve du réconfort dans le rire de mes potes, on s’éclate ici, c’est top, hein… Je jette un coup d’œil dans mon dos ; il est là, et cette fois il est face à moi, et il est seul, ses amis sont allés voir ailleurs, lui est resté. Il est peut-être resté pour moi. Sûrement. Ou pas. Peut-être ? Qu’est-ce que je fais, je continue à lui tourner le dos ? C’est une invitation à danser avec lui, non ? Mais il y a mes potes. La honte. Bref au bout de dix minutes, quand j’ai fini par me persuader que si je ne me retournais pas, il allait vraiment partir, je me retourne, et il semble effectivement sur le point de partir. En désespoir de cause et de bons mots, je lance « salut ! » et immédiatement je me maudis à nouveau intérieurement. Lui me répond « salut, ça va ? » et me désarme avec un grand sourire – il sourit tout le temps, ce n’est pas possible cette histoire… Bref je répond « oui ça va, c’est cool ici » et je m’arrête juste à temps avant les niaiseries suivantes. Lui dit « à plus tard ! » et part. Je me morfonds. Quel nul.

Un peu plus tard, j’ai repris goût à la soirée, je ne pense même plus trop à lui. Les quelques bières que j’ai bues m’ont rendu plus joyeux, et ont fortement stimulé ma vessie, si bien que je me dirige vers les toilettes. A deux mètres du but, je sens une main qui me prend le bras, doucement, mais fermement. C’est lui. Il sourit encore, ses yeux brillent. Je reste figé, incapable de bouger. Il s’est rapproché de moi, il est tout contre moi. Il approche sa bouche de mon oreille, je peux sentir sa peau contre la mienne. J’en tremble. Il me chuchote à l’oreille « tu es un très, très beau garçon, tu sais. » Il me lâche le bras, me lance un dernier regard d’une douceur et d’un sexy hallucinants. Et il s’éloigne. Je n’ai eu le temps de rien dire (et pas vraiment la présence d’esprit).

Vers quatre heures du matin, je m’apprête à partir. Je ne l’ai pas revu, alors je le cherche. Je finis par le trouver, il est avec ses amis. J’ai le courage (je trouve) de lui faire signe de venir me rejoindre, de quitter ses amis quelques secondes ; mais il ne comprend pas, il me fait juste un signe des yeux et continue de parler avec ses potes. Alors j’endosse mon ultime armure de courage, et je vais le voir, malgré ses amis. Je lui prends, à mon tour, le bras, et je lui chuchote quelque chose à l’oreille. Je ne sais même plus ce que c’était.

Et là, il sourit (bien sûr) et me dit : c’est très gentil. Mais je suis maqué, tu sais. Allez, salut. »