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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Processus | 09.05.2015 - 10 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Pause café – le colloque

Cher lecteur, il est temps pour ce blog de prendre une petite pause-café de quelques semaines, avec sieste et tentative de renouvellement. En cas de manque, vous pouvez toujours feuilleter mon livre…

Je vous laisse avec un petit tableau sur les événements qui s’organisent autour des pauses-cafés : les colloques.

 

Cela n’intéresse personne, mais il faut savoir que les colloques qui s’autoproclament scientifiques sont encore plus fréquentés par des gays que les tuyaux de mon ancienne cuisine ne l’étaient par des cafards. La comparaison, je le reconnais, peut paraître un peu méchante au premier abord ; mais en réalité, pas tant que ça, puisqu’il a été démontré que les cafards étaient extraordinairement utiles à la recherche scientifique ; comme les gays, ainsi que nous le verrons dans un deuxième temps. En effet, avec leur habitude de vivre dans des endroits particulièrement sordides, ils – les cafards – ont développé d’exceptionnelles qualités de résistance à de nombreuses bactéries pathogènes – un peu comme les gays – et ça intéresse prodigieusement les laboratoires pharmaceutiques (comme les gays, encore une fois). Il faudrait donc réhabiliter les cafards, ces pauvres bestioles qui ne font aucun mal mais à qui on en veut parce qu’elles nous prennent par surprise dans les lieux de notre intimité, comme les gays.

Il semble donc qu’une certaine catégorie de gays trouve dans les colloques scientifiques une raison de vivre et de s’occuper. En tout cas les homos qui n’ont pas procréé, et qui sont par conséquent plus corvéables après la trentaine et ont plus de temps de cerveau disponible. Les colloques leur servent de famille de substitution : quand ils sont étudiants, ils recherchent moins la vérité scientifique que l’approbation de leurs professeurs-parents de substitution ; quand ils sont professeurs, ils savent qu’il n’existe pas de vérité scientifique, et que l’unique chose à rechercher est la meilleure façon de transmettre ce savoir vide. Ca peut passer, en effet, je devance votre pensée, par la relation sexuelle avec des étudiants. C’est mal d’un point de vue éthique, mais l’éthique n’est guère plus qu’une morale majoritaire, et les gays dans les colloques travaillent ardemment à modifier cette majorité.

Je m’égare, comme d’habitude, revenons à nos cafards. Pour tous ceux qui n’auraient pas encore assisté à un colloque rempli de gays, il est utile de connaître quelques principes de traduction des discours ordinairement tenus lors de ces événements mondains. Essentiellement, l’amusement consiste à se présenter comme le centre du monde, à inventer de la compétition dans des domaines dont tout le monde se contrefiche, et à hypersexualiser toutes les relations bilatérales. Ajoutez une pincée d’insultes plus ou moins féminisées, et on y est. Quelques exemples :

 

  • C’était très intéressant, ta présentation = j’ai envie de coucher avec toi
  • Et tu as déjà travaillé sur blablabla ? = je travaille sur blablabla
  • Je ne veux pas vous mettre en retard pour votre présentation = je suis en retard, fous-moi la paix, la sangsue
  • Lui, c’est un grand nom de la recherche en ce domaine = il couche avec la plupart de ses doctorants
  • Lui, sa recherche, c’est du vent, rien de plus = j’ai essayé de coucher avec lui et il m’a snobé
  • Tu es maqué ? = N’essaie même pas de faire encore de la recherche de bon niveau
  • Tu as publié un peu sur ton sujet ? = as-tu eu le temps de travailler la nuit sur ton sujet, ou étais-tu pris par autre chose ? = tu es maqué ?
  • Tu pourrais me donner une ou deux références parmi tes publications ? = je suppose que tu n’as pas publié beaucoup plus que deux articles, bien que tu y aies passé des nuits entières = je présume que, comme tout thésard lent et fastidieux, tu t’es fait plaquer comme une chaussette puante = je me fous complètement de tes publications, et je me fais un plaisir de souligner que je pense que tu es à la fois nul et célibataire malheureux.
  • Tiens, je voudrais te présenter Truc, vous travaillez sur des sujets proches = vous n’êtes pas sexuellement compatibles mais ça m’amuse de vous voir vous rapprocher et tenter le coup
  • Tu as l’air fatigué = avec lequel de nos collègues (mes ex) as-tu couché hier ?
  • Tu as l’air vraiment fatigué = ta présentation va être nulle, je m’en réjouis
  • Tu as l’air fatigué, vraiment fatigué = tu as couché avec tel collègue (mon ex) hier soir, eh bien subis-en les conséquences pour ta présentation aujourd’hui, je vais bien rire, pour une fois je vais venir t’écouter.
  • J’ai fait une enquête qualitative = j’ai demandé leur avis à mon copain et à un ou deux potes
  • Je me base sur des récits de vie = voici ce que j’ai vécu et j’en fais une conclusion générale universelle
  • Nous avons mené des enquêtes quantitatives = mes étudiants de master ont interrogé un échantillon de personnes
  • J’ai écrit un livre = mes étudiants de master ont fait des recherches et des enquêtes, et j’ai mis mon nom sur la couverture

 

Dans le monde merveilleux des colloques, on essaie toujours d’écraser les autres ; comme les cafards. Mais on résiste et on se reproduit. Pour faire avancer la recherche.

 

Tableaux | 08.05.2015 - 09 h 39 | 0 COMMENTAIRES
Le musicien-mes-mains-sont-un-temple

Le geste est sublime comme une poésie qui prend son envol dans une lumière d’hiver. La main est aérienne, ferme et d’une grâce absolue. L’archet en est un prolongement vivant, vibrant, fragile et solide à la fois. La musique emplit la pièce et l’enveloppe comme un animal irréel et envoûtant.

Les mains du musicien sont un temple. Blanches, fines et musclées, soignées, hydratées, protégées par des mitaines contre le froid et les agressions multiples de la vie urbaine, elles sont un trésor que la plupart des néophytes ignorent complètement.

C’est pourquoi le musicien ne pratique pas le fist-fucking. Trop dangereux (pour la main). Même en version passive : il ne supporte pas même l’idée que sa main puisse être employée de la sorte ; c’est un peu comme si on prenait son archet et qu’on le mettait à tremper dans du liquide. C’est un sacrilège inimaginable. En revanche, que les autres s’adonnent à ces jeux et prennent ce risque, il s’en contrefiche, les mains des autres ne l’intéressent pas le moins du monde.

La branlette est plus acceptable que le fist-fucking, dans la mesure où elle est bien conduite, avec attention et respect (pour la main, bien sûr). Pour ce qui est de la fellation, aucun souci, on n’est pas en train de parler des chanteurs, on peut enfoncer tout ce qu’on veut jusqu’au fond de la gorge sans crainte de conséquences désastreuses sur les outils professionnels. Quant aux fesses, ce serait accès libre sans restriction, s’il n’y avait chez le musicien-mes-mains-sont-un-temple une sorte de pudeur générale qui l’empêche de s’ouvrir complètement en dehors de l’exercice de sa passion.

Il y a (peut-être ?) une très légère tendance à la sanctuarisation exagérée de la part du musicien-mes-mains-sont-un-temple. En effet, souvent, par contraste avec ce qui nous a été vanté, on a de mauvaises surprises : un geste plutôt monotone et ennuyeux, quand il n’est pas incertain, une main courbaturée, fatiguée, parfois calleuse. Les cordes grincent comme une vieille porte en bois humide, parfois crissent comme une fourchette sur une assiette ; et les branlettes ne sont pas très réussies. Les caresses d’un pianiste que j’ai connu m’avaient donné le sentiment de me faire parcourir le dos par des osselets articulés. Remarquez, c’est un type de frisson comme un autre, certains peuvent aimer…

Heureusement, on pardonne tout aux musiciens-mes-mains-sont-un-temple. Leurs yeux, leur sourire, leur passion, les rendent attachants. Contrairement à ce qu’on croit, ils ne sont pas snobs ou prétentieux même s’ils en donnent l’impression. Ils ne sont pas détachés des choses matérielles et bassement financières ou organisationnelles, car ils sont au contraire passés maîtres dans les arts administratifs, dans les gestions de calendriers de concours et de tournées, dans l’organisation de groupes, consorts, orchestres, dans les négociations d’obtention de salles, de communication, de multiples détails allant de l’acoustique au café d’accueil du public et au remboursement des frais engagés. Il faut donc leur reconnaître le mérite de savoir maintenir, malgré tout ce travail un peu aride, la passion de leur art et de leurs mains.

On leur pardonne les horaires de travail, de répétition, de concert, de réunions. On pardonne les crises existentielles théâtrales liées à un phrasé manqué, à une expressivité légèrement ratée, que nous profanes sommes à des kilomètres de soupçonner. On pardonne les sommes astronomiques dépensées pour l’entretien des instruments de travail, y compris les mains.

On pardonne, parce que l’art est la chose la plus difficile et la plus belle au monde.

On pardonne, dans notre grande et belle magnanimité, parce qu’on n’a pas besoin de réfléchir très loin pour se trouver les mêmes obsessions et barrières, sauf qu’on ne produit pas grand-chose de beau.

On pardonne au musicien-mes-mains-sont-un-temple, donc ; mais on couche assez peu avec.

 

Pour en lire plus : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html