La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Processus | 28.09.2015 - 14 h 07 | 2 COMMENTAIRES
Le voyage à Ozoir-la-Terrière

Le voyage à Ozoir-la-Terrière ? En banlieue ? What ? Vous pouvez répéter, je n’ai pas dû bien comprendre… Non, en fait, ne répétez pas, je vais essayer d’oublier… Non, mais, sérieusement, aller à Ozoir-la-Terrière ?

Une petite remarque pour commencer : dans ce billet, les références s’adressent surtout à mes compatriotes parisiens, mais j’espère qu’on me pardonnera mon nombrilisme un peu snob ; et que les banlieusards, les provinciaux et les étrangers, bref le reste du monde, comprendront que les références locales sont autant de métaphores : toute ville a son Ozoir-la-Terrière, n’est-ce pas.

Je dis Ozoir-la-Terrière comme je pourrais dire Longfumeau ou Rentes-la-Jolie, ou, argh j’ai du mal, Chanteloup-les-Oisillons, ou encore, ma langue se refuse à le dire, Orgeval-en-Brie, Sucy-la-bataille, Cerisier-sur-Marne, Prunier-Pontoise, la Garenne-sous-Bois ! Autrement dit, là où il faut aller en RER – voire, pire, à la limite de l’impensable : en train de banlieue (puis prendre le bus !!!). Certes, aller de Paris à Ozoir-la-Terrière, on pourrait croire, naïvement, que c’est comme aller d’Ozoir-la-Terrière à Paris ; sauf que dans le premier sens, c’est l’horreur, l’exil, les ténèbres médiévales, et dans le deuxième, c’est comme un retour à la vie.

Pour les gays parisiens, la simple évocation d’un voyage à Ozoir-la-Terrière est du domaine de l’inimaginable. S’ils ont entendu ce nom, la plupart l’ont immédiatement occulté, comme un vulgaire traumatisme. Dans le cas contraire, c’est un acte sacrificiel auquel on consent une fois par décennie pour aller rendre visite à quelqu’un qu’on a aimé jadis et qui, par le jeu des malheureux hasards de la vie et des prix du foncier, s’est retrouvé sans s’en rendre compte à habiter à Ozoir-la-Terrière, qu’il repose en paix.

Je ne voudrais pas qu’on m’accuse de banlieuphobie excessive. Quelques rares villes des abords parisiens s’en sortent dans l’imaginaire collectif gay, parce qu’elles se sont dotées d’attributs hautement louables, comme un aéroport, ou une fondation d’art contemporain imaginée par un architecte de renom, ou… euh… bon, rien d’autre ne me vient à l’esprit, mais ça va venir… Par exemple, Beauvais, qui incarnait l’horreur suburbaine jusqu’à la fin des années 1990, a l’immense mérite d’accueillir depuis quelques années un aéroport international (certes, c’est un low-cost, mais on ne peut pas trop en demander, tout de même). Bon, bien sûr, on ne met pas les pieds à Beauvais-ville. Autre exemple, Suresnes est discrètement connue dans le milieu pour ses appartements à partouzes. Sceaux, la bourgeoise arborée, dispose d’un grand parc auquel on tolère d’aller une à deux fois par an, de manière à éviter les pelouses pentues et noires de monde des Buttes-Chaumont, ou les herbes folles, fourmillant d’insectes à mandibules, du bois de Vincennes (encore que, comme chacun sait, les herbes hautes du bois de Vincennes ne cachent pas que des insectes, on a de fortes chances d’y trouver aussi d’autres types d’amateurs de peaux chaleureuses, plus collaboratifs, si bien que la destination est finalement assez prisée).

Quid de la banlieue nord, me direz-vous ? De ce que les médias appellent des zones de non droit peuplées de hordes de « jeunes » échappant à tout contrôle de la République ? Eh bien, non seulement il y a tout un imaginaire gay du lascar de la cité, mais en réalité, pour des raisons pécuniaires, un bon nombre de gays habitent dans la partie nord de Paris, y compris au-delà du périphérique, ce qui rend ces zones finalement bien plus fréquentables que les stéréotypes ne le laisseraient accroire ; par exemple, on va plus souvent à Saint-Denis ou à Aubervilliers (il est vrai qu’on peut y accéder en métro…), qu’on ne se rend dans le sud à Bagneux ou à Chatenay-Malabry, ou à l’ouest en terre droitière, à Saint-Germain-en-Laye ou à Chatou (à part Suresnes, donc, pour les partouzes). Le monde gay est ouvert et tolérant, à condition qu’on mette moins de trois quarts d’heure à atteindre le centre. Certaines banlieues paraissent violentes et homophobes, mais ce ne sont pas toujours celles que l’on croit. Certains gays vivent bien mieux parmi les survêtements et les capuches, qu’au milieu des Carrés Hermès et des poussettes multiplaces derrière lesquelles se meuvent des jupes droites et des morales autosatisfaites. Il y a bien entendu tout un entre-deux (et on aime les entre-deux).

On peut lire dans cette géographie un peu simpliste les effets de politiques et de pratiques plus ou moins accueillantes pour les gays. La centralité est généralement synonyme d’acceptation plus grande et de vie plus sécurisée, et les zones plutôt marquées à gauche également, comme l’est parisien. A l’ouest et au sud, on peut bien sûr être gay aussi, tant qu’on ne l’affiche pas trop. Plus on s’éloigne du centre, et plus la perception de sécurité et de bien-être s’éloigne aussi. D’ailleurs, si on est dans le centre, c’est généralement qu’on s’est aventuré hors du placard. Si on s’éloigne du centre, on se heurte à la perspective d’un retour dans le placard.

Alors, le mépris affiché pour le voyage à Ozoir-la-Terrière, une façon détournée de se réapproprier l’espace et les normes ? De refuser la violence symbolique d’une remise au placard ? Au lieu de dire « j’ai peur de cet ailleurs, de ce monde moins acceptant », on reprend le thème, on le retourne comme une crêpe, et on l’enfourche : je suis bien où je suis, l’ailleurs ne me mérite pas. Ce n’est pas l’autre qui me rejette, c’est moi qui rejette l’autre : il ne m’intéresse pas (du moins j’essaie de le faire croire).

C’est dommage pour certaines villes de banlieue, qui n’ont rien fait pour mériter cet ostracisme de le part des gays – mais qui n’ont rien fait non plus pour les faire se sentir à l’aise. A chacun son nombril, et à chacun de gérer la violence du monde comme il le peut.

 

Pour compléter, on pourra aussi lire Celui qui n’aime pas « le milieu », ou, carrément, soyons fous, tout le bouquin : Tous les gays sont dans la nature !

Processus | 22.09.2015 - 11 h 55 | 8 COMMENTAIRES
Le voyage à Mykonasse

Quand on va passer ses dix jours annuels à Mykonos, c’est qu’on est gay, d’âge un peu mûr ; et qu’on a le portefeuille correctement garni, mais pas non plus une Porsche à disposition dans chaque ville-monde. Si on n’a pas assez d’argent, on va à Barcelone, si on est vraiment une pauvresse, on va à Montpellier. Le voyage annuel à Mykonos, c’est une reconnaissance sociale ; comme un diplôme obtenu avec difficulté, mais qu’on ne pourra plus jamais vous enlever. Il y a tout un itinéraire pour y parvenir, toute une série de cases à cocher, mais une fois qu’on est dans le cercle, on n’en sort plus, on peut souffler, on n’a pas raté sa vie. C’est la franc-maçonnerie de la gay attitude, il y a les initiés et puis les autres. D’ailleurs, c’est un des rares sujets pour lesquels il semble régner une sorte de secret dans la communauté gay : on peut évoquer, vaguement, son voyage à Mykonos, mais dans le détail on tient sa langue, ce qui est tellement rare chez les gays qu’il me semble qu’un chercheur en anthropologie devrait se pencher dessus.

Comme toutes les îles grecques, Mykonos est rocailleuse, et son relief âpre et masculin n’a d’égal que son ensoleillement, dur et long ; là, on est dans le vrai bon gros mâle, le musculeux, le poilu, le crâne luisant et bronzé. En contrepoint, les mignonnes maisonnettes toutes blanches et joliment fleuries, disposées le long de parcours sinueux, offrent des allers et retours nombreux entre petits coins discrets, grands recoins ombragés, feuillages denses dissimulant des effeuillements fugaces, volets bleutés voyeuristes et terrasses exhibitionnistes. Tous les goûts s’y retrouvent, et tous les gays européens aussi, cette grande franc-maçonnerie du sexe, qui a bien su mettre à profit la démocratisation des mobilités à l’échelle du vieux continent.

Une fois qu’on est installés au milieu de ses bougainvillées, on débranche son cerveau – mais pas son téléphone : les applis de rencontre servent ici non pas à détecter les gays mais à faire un minimum de tri. Mykonos en été est une sorte de marché de gros.

Ensuite, le principe, c’est de passer au moins un tiers de son temps avec ses copines à bitcher sur ses voisines (on utilise exclusivement le féminin en journée, le masculin est réservé à la nuit, en prévision des coucheries, qui sont des choses sérieuses, on ne badine pas avec ça) ; un autre tiers à faire semblant de dormir sur la plage, en vérifiant régulièrement qu’on se fait mater ; et le dernier tiers à siroter divers produits, plus ou moins autorisés. Une véritable Mykonasse (le mot est affectueux !) parvient à faire tout ceci en tenant son téléphone portable à la main et en contrôlant la qualité de ses voisines virtuelles de manière instinctive et permanente.

Il est absolument fondamental de revenir de Mykonos avec un bronzage parfait et extrêmement brun. Tout d’abord parce qu’il est très mal vu d’y arriver en n’étant pas encore bronzé : cela fait nouveau vacancier, ou nouvelle Mykonasse, bref c’est une très mauvaise manière, ça ne se fait pas. C’est pour cette raison que la haute saison est le mois d’août, et non juillet. Aucune marque de bronzage autre que celle du maillot (un slip étroit, si possible) n’est acceptable. La qualité d’une Mykonasse se reconnaît notamment à sa compétence ès bronzage, par exemple à sa capacité à présenter un contour des yeux impeccable alors qu’on a l’impression qu’elle n’a pas quitté ses Ray-Ban pendant dix jours, y compris en boîte et pour dormir. Ca se travaille pendant des années, c’est une compétence chèrement acquise. La taille du poil est également un critère incontournable. Il peut être dense, mais il doit être entretenu. La nature sauvage, ça va un moment, mais les jardins à l’anglaise des épaules aux talons, ça n’est pas possible, on vous met sur un ferry direct et hop, rendez-vous l’année prochaine quand vous aurez soigné tout ça.

Pourtant, on aurait tort de penser qu’à Mykonos, tout n’est qu’une question d’apparence. La plupart des touristes appartiennent à une catégorie socio-professionnelle plutôt élevée, avec un bon niveau d’études, de bons réseaux, et d’excellentes connaissances en matière nutritionnelle et cosmétique – d’accord, on revient sur les apparences, pardon, mais réellement, tout ça nécessite du travail et beaucoup de lectures de magazines spécialisés.

Je n’ai pas encore été invité dans le cercle, j’ai bon espoir d’y parvenir bientôt. Mes cheveux grisonnent, ma langue de pute devient plus expérimentée, mes copines commencent à y avoir leurs habitudes, et je tourne autour de l’île depuis quelques années, en m’en rapprochant peu à peu, tel un enfant qui veut aussi monter sur la scène et participer au fun, mais qui, craintif, s’en approche avec moult précautions. Il ne me manque plus, en fait, que le portefeuille, c’est-à-dire, en langage mykonassien, un mari. Il semble bien que pour devenir une vraie Mykonasse, il faille d’abord passer par le stade potiche accoudée dans tous les bars du Marais. Donc c’est bien comme je disais, il y a tout un itinéraire compliqué à suivre, mais j’y suis presque.

 

En bonus, un petit conseil de lecture de plage à Mykonos, de petits portraits écrits par votre serviteur : http://motsbouche.com/fr/gay/24948-tous-les-gays-sont-dans-la-nature-9791090286184.html

Perso | Traits | 15.09.2015 - 21 h 30 | 4 COMMENTAIRES
Etienne Etienne

J’aime Etienne Daho.

J’ose l’affirmer, et je sens d’ici l’impact des ondes négatives à distance que cette simple phrase me vaut de la part de certaines de mes copines lesbiennes, entre autres.

Je trouve qu’il a une voix chaleureuse, profonde, belle, incroyable. Elles le trouvent insipide, et ne méritant pas même un adjectif supplémentaire.

J’aime ses textes et ses chansons. Je trouve qu’il était en avance sur son temps, et qu’il a su trouver une voie indépendante, unique, malgré quelques errements – qui n’en fait pas ? Elles considèrent qu’il n’a fait que se tromper depuis trente ans, et qu’il est un représentant de la pire espèce de musique qui soit, les années 1980 (elles n’ont peut-être pas tout à fait tort, rationnellement parlant, mais qui veut être rationnel quand on parle d’art ? Les années 80 étaient sublimes ! Comment peut-on jeter aux orties tous ces machos romantiques et tous ces flous artistiques et fluorescents ?). Elles pensent qu’il devrait définitivement se débarrasser de ses attitudes de post-adolescent, de ses vestes en cuir, de ses coiffures vaguement playboy, mais elles lui reconnaissent quand même une discrétion médiatique de bon aloi. Moi je dis que l’amour est aveugle, et je me contrefiche de ses vêtements ou de sa coiffure ; et maintenant, d’ailleurs, ce sont mes amis gays qui envoient des ondes négatives, et de la part de certains j’entends même distinctement un commentaire sarcastique « les grands esprits se rencontrent, ceux qui s’habillent comme des sacs aussi »… Bon, si je devais en dire un mot, je dirais qu’un homme qui parvient à faire des chansons qui traversent les décennies a le droit de s’habiller comme il veut.

Je lui reproche tout de même une fin de phrasé parfois un peu trainant, étrangement snobinard et parisien pour un poète provincial, une tentative de rocker soft. On dirait qu’il essaie de draguer à l’italienne, en laissant quelque chose en suspens, une interrogation, une envie… ça marche peut-être sur les filles – pas sur mes copines lesbiennes, en tout cas.

J’ai eu la chance de lui parler, une fois. Il m’avait semblé encore plus timide et angoissé que moi. Il m’a paru quelqu’un qui montre son humour dans ses chansons, mais qui reste méfiant dans la vie quotidienne, toujours jaloux de son intimité, protecteur de sa famille, de ses amis, de son monde.

Je me souviens de mon enfance bercée par le Duel au soleil. Je n’en comprenais pas vraiment les paroles, mais je me souviens de la pochette du 45 tours en noir et blanc, et je me souviens de ces mots qui traversaient mon corps avec une douceur et une délicatesse infinies, tout en se gravant dans ma peau.

Ces mots posés, solides, masculins, tranquilles. Avec un côté poétique et aérien. Je m’envolais avec lui. Chantre d’une masculinité forte mais légère, solide mais nous entrainant dans une danse lente, sûre, dans un tourbillon sans aucun malaise, dans un ciel nuageux, gris, mais nullement inquiétant…

(Ou bien est-ce que je confonds avec Chris Isaak, du temps où il était beau ? Et où j’aurais bien voulu remplacer cette top model juvénile absolument sublime, Helena Christensen, qui se prélassait dans ses bras et nous abreuvait de regards languissants à n’en plus finir ? Lui aussi avait un phrasé excessivement trainant, mais, allez savoir pourquoi, ça marchait mieux.)

Est-ce que Guesh Patti pensait à lui, à la fin des années 80 ? Voulait-elle que cet Etienne-là le tienne bien ? Moi je n’aurais pas dit non, d’ailleurs ma mère avait tout compris et avait plus ou moins tenté de faire disparaître l’objet du désir. Peine perdue – ah vraiment, les mères des gays en devenir sont un réservoir inépuisable de tentatives désespérées pour remettre leurs fils dans le droit chemin, en pure perte.

Bon, bien sûr, Etienne Daho s’est un peu fourvoyé, à l’occasion, dans des dabadabada un peu ridicules, dans quelques chansons. Mais que celui qui n’a jamais chanté dabadabada lui jette la première pierre ! Un artiste populaire a le droit d’avoir sa période chanteur de douche, et puis, ça désinhibe les petits écrivaillons qui n’oseraient pas lui proposer de chanter une chanson dont ils auraient écrit les paroles.

Car oui, j’ai failli le faire – lui envoyer un texte.

Et puis, il a sorti un album avec Jeanne Moreau, sur des textes de Jean Genet.

Je vous conseille cet album, c’est magnifique. Mais ça m’a bien calmé.

 

 

Et toujours… http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Traits | 09.09.2015 - 19 h 45 | 1 COMMENTAIRES
Tout est bon dans le cochon (une histoire de cuisses)

Après un long silence et quelques excursions poétiques, je reviens ici sur un sujet de taille, une partie de notre corps qui me semble injustement passée sous silence, du moins largement ignorée dans les conversations intellectuelles et sexuelles, de salons ou de réseaux sociaux : les cuisses.

La cuisse, soyeuse et velue, légèrement duvetée comme une pêche à croquer, ou bien glabre et luisante comme une nectarine ; mince et fine comme une ligne d’amour, ou bien solide et pleine comme un muscle rebondi et goulu ; la cuisse, puissante ou bien frêle et frémissante, est un argument sexuel étonnamment négligé. En fait, elle a la malchance de se situer juste en-dessous des organes génitaux, et elle pâtit de cette concurrence inégale : puisque la plupart des gens n’ont d’yeux et de mains que pour ses voisins du dessus. La cuisse souffre d’une sorte de dumping hormonal. C’est même presque un effet tunnel, comme on dit, un espace intermédiaire dévalorisé, puisque, juste au-dessous d’elle, on s’attardera volontiers sur l’arrière du genou, le galbe du mollet, la finesse de la cheville, ou, plus bas encore, sur les terminaisons nerveuses des orteils, si bien qu’au milieu de tout cela, la cuisse est plus ou moins considérée comme un faire-valoir sans grand intérêt en soi. Pourtant, à l’opposé du vulgaire jambon de consommation courante, la cuisse est un mets de choix, un muscle large, dense et délicat, discret mais crucial… Elle est au sexe ce que le cou est à la tête : ce qui donne la direction, ce qui donne la puissance, ce qui donne l’impulsion. En outre, loin de n’être qu’un levier de mise en valeur de l’organe génital, elle est également une source de plaisir intense, car elle procure une zone de contact large avec la peau et les poils, avec une sensibilité qui varie selon l’endroit précis où on la touche, et elle offre donc une gamme large de sensations, de vibrations, de frissons. Les cuisses, ensemble, enveloppent, maintiennent, serrent, détendent, écartent, proposent… Elles sont les agents secrets du désir.

Pas toujours secrets, d’ailleurs : posez la main sur la cuisse de votre voisin, et le message sera très clair pour tout le monde… L’ambiguïté disparaît en même temps qu’apparaît un frisson de désir…

Métonymie pour parler des femmes, ou métaphore pour parler du sexe, la cuisse peut être légère – si elle est frivole – ou lourde, comme un bon vin qui a vécu, comme une vieille prostituée qui s’y connait. En italien (il est toujours utile de faire référence à l’Italie en matière d’art, de cuisine et de cul), une grosse cuisse se dit « coscione » ; ça se prononce comme cochonne, ça ne peut pas être un hasard. Dans la grosse cuisse, tout est bon ! Ce ne sont pas les amateurs de cuissardes qui me démentiront. La cuisse habillée, de cuir ou de tissu, révélée par les plis du jean et les démarches de rugbyman, mettant en valeur les paquets bien portés et les fessiers bien portants, n’a rien à envier à la cuisse nue. Tout lui va. C’est le plus démocratique de nos agents du désir. C’est peut-être pour ça qu’elle est la laissée-pour-compte des conversations mondaines : elle est trop consensuelle. Tout le monde aime la cuisse, et donc on la prend pour acquise ! Tel est le sort des choses consensuelles et larges.

C’est ainsi que, me dis-je, la cuisse est l’idéal de l’écrivain de gare. Tout le monde l’aime, et tout le monde l’oublie.

 

PS : j’aimerais bien que mon livre se vende dans les gares. Mais pour l’instant, c’est dans quelques librairies seulement, et ici : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html