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Les esquisses galantes
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Traits | 09.09.2015 - 19 h 45 | 1 COMMENTAIRES
Tout est bon dans le cochon (une histoire de cuisses)

Après un long silence et quelques excursions poétiques, je reviens ici sur un sujet de taille, une partie de notre corps qui me semble injustement passée sous silence, du moins largement ignorée dans les conversations intellectuelles et sexuelles, de salons ou de réseaux sociaux : les cuisses.

La cuisse, soyeuse et velue, légèrement duvetée comme une pêche à croquer, ou bien glabre et luisante comme une nectarine ; mince et fine comme une ligne d’amour, ou bien solide et pleine comme un muscle rebondi et goulu ; la cuisse, puissante ou bien frêle et frémissante, est un argument sexuel étonnamment négligé. En fait, elle a la malchance de se situer juste en-dessous des organes génitaux, et elle pâtit de cette concurrence inégale : puisque la plupart des gens n’ont d’yeux et de mains que pour ses voisins du dessus. La cuisse souffre d’une sorte de dumping hormonal. C’est même presque un effet tunnel, comme on dit, un espace intermédiaire dévalorisé, puisque, juste au-dessous d’elle, on s’attardera volontiers sur l’arrière du genou, le galbe du mollet, la finesse de la cheville, ou, plus bas encore, sur les terminaisons nerveuses des orteils, si bien qu’au milieu de tout cela, la cuisse est plus ou moins considérée comme un faire-valoir sans grand intérêt en soi. Pourtant, à l’opposé du vulgaire jambon de consommation courante, la cuisse est un mets de choix, un muscle large, dense et délicat, discret mais crucial… Elle est au sexe ce que le cou est à la tête : ce qui donne la direction, ce qui donne la puissance, ce qui donne l’impulsion. En outre, loin de n’être qu’un levier de mise en valeur de l’organe génital, elle est également une source de plaisir intense, car elle procure une zone de contact large avec la peau et les poils, avec une sensibilité qui varie selon l’endroit précis où on la touche, et elle offre donc une gamme large de sensations, de vibrations, de frissons. Les cuisses, ensemble, enveloppent, maintiennent, serrent, détendent, écartent, proposent… Elles sont les agents secrets du désir.

Pas toujours secrets, d’ailleurs : posez la main sur la cuisse de votre voisin, et le message sera très clair pour tout le monde… L’ambiguïté disparaît en même temps qu’apparaît un frisson de désir…

Métonymie pour parler des femmes, ou métaphore pour parler du sexe, la cuisse peut être légère – si elle est frivole – ou lourde, comme un bon vin qui a vécu, comme une vieille prostituée qui s’y connait. En italien (il est toujours utile de faire référence à l’Italie en matière d’art, de cuisine et de cul), une grosse cuisse se dit « coscione » ; ça se prononce comme cochonne, ça ne peut pas être un hasard. Dans la grosse cuisse, tout est bon ! Ce ne sont pas les amateurs de cuissardes qui me démentiront. La cuisse habillée, de cuir ou de tissu, révélée par les plis du jean et les démarches de rugbyman, mettant en valeur les paquets bien portés et les fessiers bien portants, n’a rien à envier à la cuisse nue. Tout lui va. C’est le plus démocratique de nos agents du désir. C’est peut-être pour ça qu’elle est la laissée-pour-compte des conversations mondaines : elle est trop consensuelle. Tout le monde aime la cuisse, et donc on la prend pour acquise ! Tel est le sort des choses consensuelles et larges.

C’est ainsi que, me dis-je, la cuisse est l’idéal de l’écrivain de gare. Tout le monde l’aime, et tout le monde l’oublie.

 

PS : j’aimerais bien que mon livre se vende dans les gares. Mais pour l’instant, c’est dans quelques librairies seulement, et ici : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

LES réactions (1)
Tout est bon dans le cochon (une histoire de cuisses)
  • Par Xavier Héraud 10 Sep 2015 - 16 H 03
    Photo du profil de Xavier Héraud

    Très bonne esquisse 😉

     
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