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Les esquisses galantes
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Perso | Traits | 15.09.2015 - 21 h 30 | 4 COMMENTAIRES
Etienne Etienne

J’aime Etienne Daho.

J’ose l’affirmer, et je sens d’ici l’impact des ondes négatives à distance que cette simple phrase me vaut de la part de certaines de mes copines lesbiennes, entre autres.

Je trouve qu’il a une voix chaleureuse, profonde, belle, incroyable. Elles le trouvent insipide, et ne méritant pas même un adjectif supplémentaire.

J’aime ses textes et ses chansons. Je trouve qu’il était en avance sur son temps, et qu’il a su trouver une voie indépendante, unique, malgré quelques errements – qui n’en fait pas ? Elles considèrent qu’il n’a fait que se tromper depuis trente ans, et qu’il est un représentant de la pire espèce de musique qui soit, les années 1980 (elles n’ont peut-être pas tout à fait tort, rationnellement parlant, mais qui veut être rationnel quand on parle d’art ? Les années 80 étaient sublimes ! Comment peut-on jeter aux orties tous ces machos romantiques et tous ces flous artistiques et fluorescents ?). Elles pensent qu’il devrait définitivement se débarrasser de ses attitudes de post-adolescent, de ses vestes en cuir, de ses coiffures vaguement playboy, mais elles lui reconnaissent quand même une discrétion médiatique de bon aloi. Moi je dis que l’amour est aveugle, et je me contrefiche de ses vêtements ou de sa coiffure ; et maintenant, d’ailleurs, ce sont mes amis gays qui envoient des ondes négatives, et de la part de certains j’entends même distinctement un commentaire sarcastique « les grands esprits se rencontrent, ceux qui s’habillent comme des sacs aussi »… Bon, si je devais en dire un mot, je dirais qu’un homme qui parvient à faire des chansons qui traversent les décennies a le droit de s’habiller comme il veut.

Je lui reproche tout de même une fin de phrasé parfois un peu trainant, étrangement snobinard et parisien pour un poète provincial, une tentative de rocker soft. On dirait qu’il essaie de draguer à l’italienne, en laissant quelque chose en suspens, une interrogation, une envie… ça marche peut-être sur les filles – pas sur mes copines lesbiennes, en tout cas.

J’ai eu la chance de lui parler, une fois. Il m’avait semblé encore plus timide et angoissé que moi. Il m’a paru quelqu’un qui montre son humour dans ses chansons, mais qui reste méfiant dans la vie quotidienne, toujours jaloux de son intimité, protecteur de sa famille, de ses amis, de son monde.

Je me souviens de mon enfance bercée par le Duel au soleil. Je n’en comprenais pas vraiment les paroles, mais je me souviens de la pochette du 45 tours en noir et blanc, et je me souviens de ces mots qui traversaient mon corps avec une douceur et une délicatesse infinies, tout en se gravant dans ma peau.

Ces mots posés, solides, masculins, tranquilles. Avec un côté poétique et aérien. Je m’envolais avec lui. Chantre d’une masculinité forte mais légère, solide mais nous entrainant dans une danse lente, sûre, dans un tourbillon sans aucun malaise, dans un ciel nuageux, gris, mais nullement inquiétant…

(Ou bien est-ce que je confonds avec Chris Isaak, du temps où il était beau ? Et où j’aurais bien voulu remplacer cette top model juvénile absolument sublime, Helena Christensen, qui se prélassait dans ses bras et nous abreuvait de regards languissants à n’en plus finir ? Lui aussi avait un phrasé excessivement trainant, mais, allez savoir pourquoi, ça marchait mieux.)

Est-ce que Guesh Patti pensait à lui, à la fin des années 80 ? Voulait-elle que cet Etienne-là le tienne bien ? Moi je n’aurais pas dit non, d’ailleurs ma mère avait tout compris et avait plus ou moins tenté de faire disparaître l’objet du désir. Peine perdue – ah vraiment, les mères des gays en devenir sont un réservoir inépuisable de tentatives désespérées pour remettre leurs fils dans le droit chemin, en pure perte.

Bon, bien sûr, Etienne Daho s’est un peu fourvoyé, à l’occasion, dans des dabadabada un peu ridicules, dans quelques chansons. Mais que celui qui n’a jamais chanté dabadabada lui jette la première pierre ! Un artiste populaire a le droit d’avoir sa période chanteur de douche, et puis, ça désinhibe les petits écrivaillons qui n’oseraient pas lui proposer de chanter une chanson dont ils auraient écrit les paroles.

Car oui, j’ai failli le faire – lui envoyer un texte.

Et puis, il a sorti un album avec Jeanne Moreau, sur des textes de Jean Genet.

Je vous conseille cet album, c’est magnifique. Mais ça m’a bien calmé.

 

 

Et toujours… http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

LES réactions (4)
Etienne Etienne
  • Par Lafcadio 16 Sep 2015 - 4 H 56

    Très beau texte, vraiment. En plus, non seulement j’aime Etienne Daho et j’ai aussi fantasmé (quoique bien après sa sortie) sur Duel au soleil, mais en plus j’aggrave mon cas, je raffole (c’est le cas de le dire) aussi de Mylène Farmer. Par contre, Genet ne prend que des coups de trique, et pas de circonflexe. 😉

     
  • Par sébastien 16 Sep 2015 - 16 H 43

    Le hasard a voulu que je me trouve un jour en avion près de lui, en classe touriste, une étroite allée nous séparait. C’était un voyageur modeste, discret, gentil. J’ai eu une très bonne impression.

     
  • Par lesesq 16 Sep 2015 - 18 H 20

    Merci Lafcadio, je corrige !

     
  • Par lesesq 17 Sep 2015 - 10 H 47

    Et au fait, Lafcadio, avais-tu lu celui-ci, du coup ?
    http://lesesquissesgalantes.yagg.com/2013/09/02/la-courtisane-fragile-le-fan-de-mylene-farmer/

     
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