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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Perso | 22.12.2015 - 23 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Quelques souvenirs pour Noël

Pour clôturer cette année 2015, j’avais envie de reproposer quelques textes à tonalité joyeuse. Souvenirs de billets d’il y a deux ans…

http://lesesquissesgalantes.yagg.com/2013/09/04/le-mec-heureux/

http://lesesquissesgalantes.yagg.com/2013/09/18/le-joyeux-distrait/

 

Processus | 12.12.2015 - 16 h 52 | 2 COMMENTAIRES
Homomicro, l’émission qui se prend au mot

Homomicro, c’est une émission pour les homos, présentée par un Arabe – déjà, à ce stade de la présentation, Marion Maréchal Le Pen est tombée en syncope. Les chroniqueurs et chroniqueuses y parlent de culture – le reste de la famille Le Pen s’évanouit. On y emploie des mots comme « pédé » et « gouine », et les gens semblent heureux d’être là – sous le choc, une grande partie de la droite et de la gauche bien-pensante demande un arrêt de travail. Et il y a une femme à la régie – la France machiste se gausse, y compris une partie des homos. Enfin, il y a même des éditorialistes qui font un vrai travail de réflexion, et là, c’est la stupeur générale. C’est quand même fou, non ?

Evidemment, non. Ce qui est fou, vraiment fou, c’est qu’Homomicro soit la seule émission comme ça. Presque la seule, pour être honnête : je crois bien qu’il doit y en avoir une autre à Lyon, et sûrement quelques transmissions locales par-ci, par-là. Mais au niveau national, rien. Pas un programme télé à destination des LGBTQI, pas une autre transmission radio, grand public, du gratuit ou même du payant, rien.

Plus généralement, les médias LGBTQI surnagent à grand-peine, comme Yagg ; voire meurent, comme Têtu. Et dans le même ordre d’idées, le Marais parisien est à la dérive : les magasins de luxe ont commencé à le dépiauter avec délices, comme des vautours ayant enfin eu accès à une carcasse bien en chair qu’ils lorgnaient depuis longtemps.

Beaucoup de personnes, notamment de jeunes homos, me disent : mais ce n’est pas forcément mauvais signe ! Cela veut dire qu’il y a plus d’intégration, et qu’il n’y a plus besoin d’une presse communautaire, d’un quartier gay, etc. Aujourd’hui, disent-ils, on peut être homo dans la société, se tenir la main en public n’importe où, etc. Suivant ce raisonnement, il n’y aurait plus aucun besoin d’une émission comme Homomicro : une émission au sujet du monde homo, pour quoi faire ? Ca sert à quoi, dans un monde où les choses vont si bien ?

Certes, chacun vit son homosexualité, ou plus largement ses différences, de la manière qu’il ou elle le veut. Chacun-chacune a tout à fait le droit de se farcir d’illusions jusqu’au plus profond de son intestin, de penser que tout va pour le mieux et que les droits sont acquis ad vitam aeternam.

Ceci étant, au lieu de partir d’emblée sur la controverse – homophobie ou pas, tolérance ou pas, amélioration ou pas – je voudrais décaler légèrement le point de vue, et parler de l’envie, et du droit, qu’on peut avoir d’être une communauté, de former un groupe. Un groupe issu non pas de la peur de l’homophobie, de la volonté de protection, du désir d’espaces circonscrits et protecteurs ; mais de l’envie d’être ensemble, de partager des choses positives ensemble, d’avoir le droit de partager des affinités, des désirs, sans avoir à les légitimer par un discours. Reproche-t-on aux catholiques de se regrouper dans un lieu de culte ? Aux expats, partis à Hong Kong ou au Mali, d’avoir envie, de temps à autre, de se retrouver pour parler français et évoquer des souvenirs de leur pays ? Aux habitués, de se retrouver dans tel ou tel bar chaque jeudi soir ? Non. Alors pourquoi reprocherait-on aux homos de se retrouver, eux aussi, dans tel bar ou dans tel quartier, un soir de semaine ? Il y a une télé catho, il y a des journaux à destination des personnes de telle ou telle origine, et une télé ou une presse LGBTQI ne serait pas bienvenue ? Il y a des cités privées pour les très riches, il y a des quartiers ethniques ouverts, il y a une petite Russie et un quartier intello-latin à Paris, et un quartier gay serait une mauvaise chose ?

Homomicro, c’est comme la presse gay, et c’est comme le marais, et c’est comme toutes ces autres choses. C’est une expression de quelque chose qui s’assume comme communautaire, et c’est une expression publique, ouverte, visible. Au même titre que tous ces autres groupes, tous ces autres cercles identitaires, variés et changeants, les LGBTQI n’ont pas à avoir honte de former, par moments et par endroits, un groupe ; et de rendre ce groupe visible, public, parfois nombreux, et politisé. Sur cette envie, sur ce désir, se greffe une volonté politique de défense des droits, de lutte contre l’homophobie, de protection ; et cette bataille a besoin de leviers, d’espaces, d’outils. Dans le contexte actuel, Homomicro est un des rares espaces publics restants aux LGBTQI qui dit : écoutez-nous, voyez-nous, nous existons en tant que groupe, et pas seulement en tant qu’individus ou en tant que réseau social éclaté. Nous avons une histoire. Nous avons un héritage, nous avons un présent, et nous avons un futur. Ce « nous » a le droit d’exister au même titre que les autres « nous ». Ce « nous » a besoin d’un espace d’expression, sinon il disparaît. Qui peut croire que les jeunes homos continueront longtemps à se tenir la main dans la rue, s’il n’y a plus d’espace communautaire, de presse dédiée, de groupe qui tente de faire valoir les droits des LGBTQI ?

Homomicro, ce n’est pas seulement une émission qui pourfend l’homophobie. C’est un principe en acte. C’est le droit de toutes et tous de faire partie de communautés diverses, de groupes divers, de cercles d’affinités, de bandes d’ami.e.s, de réseaux de différentes tailles, sans qu’il y ait besoin de le justifier en permanence.

Ce n’est pas pour rien que la radio qui nous héberge s’appelle Fréquence Paris Plurielle. Le pluriel, les diversités, les ensembles.

Rendez-vous, donc, sur 106.3 FM, le lundi soir pour l’émission qui se prend au mot, mais aussi pour tout le reste.

(vous pouvez retrouver les émissions en podcast sur le site web d’Homomicro, ou sur FB)

 

PS : je serai à Homomicro le 21 décembre, pour parler de la version collector de mon livre, Tous les gays sont dans la nature. Mais la publication de ce billet quelques jours avant n’est, bien entendu, qu’une coïncidence absolument fortuite.

Perso | 11.12.2015 - 18 h 22 | 1 COMMENTAIRES
Last minute signature

Pour info de dernière minute, et pour celles et ceux qui auraient l’idée saugrenue de vouloir mon bouquin avec ma petite signature en 1e page, c’est aujourd’hui vendredi 11 décembre, vers 19h, au bar Les Souffleurs, Paris, rue de la Verrerie !

Au plaisir de vous y voir !

Vous pourrez aussi y trouver tous les autres livres édités par Des Ailes sur un Tracteur !

Processus | 08.12.2015 - 20 h 13 | 0 COMMENTAIRES
J’ai une cousine LMPT

J’ai une cousine La Manif Pour Tous.

C’est facile de se moquer de ces gens-là ; à commencer par l’acronyme, évidemment, et je ne vais pas m’en priver : j’ai une cousine LMPT, ce n’est pas étonnant de la part d’une personne qui a une armoire dans le cul, Freud se serait bien marré ! Voilà, c’est fait, c’est dit. Comme je disais, c’est facile de se moquer de toutes ces personnes. De ces femmes aux lèvres pincées (oui, toutes les lèvres). Ca m’a toujours surpris : même quand elles tentent un sourire, leurs commissures de lèvres se dirigent vers le bas et non vers le haut, comme si leurs muscles refusaient de se détendre… C’est facile de se moquer de ces hommes tellement sûrs d’eux qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont comme des enfants qui sont montés sur un tabouret et qui se croient plus grands que tout le monde. Flash info, les amis, vous n’êtes pas plus grands, vous êtes même plutôt plus petits, avec votre esprit étriqué. Mais passons. C’est facile de se moquer de ces femmes à l’air revêche, qu’on imagine volontiers très mal baisées (on les plaint quand même un peu) ; facile, encore, de railler tous ces hommes parmi lesquels on repère sans grande difficulté des cortèges d’homos refoulés, sans doute pas complètement refoulés d’ailleurs, l’important étant de sauvegarder les apparences d’hétérosexualité. On peut sans problème ricaner de ces personnes, toutes, ou presque, de peau blanche, toutes, ou presque, enclines à protéger leurs privilèges de classe sociale dominante, plus ou moins consciemment. On dirait qu’ils et elles sont sorti.e.s dans la rue exprès pour qu’on les caricature.

Mais j’ai une cousine qui est de La Manif Pour Tous, et qui ne prête pas à la caricature. Elle est gentille, elle est parfois drôle, et loin d’être bête. Elle sourit vers le haut. Elle fait des choses pour les autres, vraiment : pas pour répondre à une injonction catholique, ou seulement en partie. On peut même discuter raisonnablement avec elle. Elle ne prête pas à la caricature, elle est mariée et a des enfants mais elle travaille, elle n’est pas femme au foyer, et elle a réellement l’air épanoui.

Elle ne prête pas à la caricature ; et tant mieux, parce que ce n’est pas la bonne attitude à prendre. On ne peut pas se moquer d’elle ; mais de toute façon, il ne faut pas se moquer d’elle. Parce qu’elle est dangereuse.

Elle est dangereuse, réellement. Parce qu’elle est intimement, profondément convaincue qu’elle a raison. Elle est intimement, profondément convaincue que les autres ont tort. Elle a une foi religieuse inébranlable, mais il y a encore plus solide que cette foi, ce sont ses convictions morales. Elle fait le bien des autres. Elle sait ce qui est bon pour eux, pour le monde.

Aller dans la rue, pour elle, est une croisade. Elle porte sa croix. Ca n’a pas été une décision facile : elle a plutôt tendance à laisser vivre les autres, à leur accorder une liberté de choix – dans une certaine mesure. Elle ne prête pas à la caricature. Elle est, sur beaucoup de points, tolérante. Alors, quand elle est descendue dans la rue, pour elle, c’était un sacrifice. Elle y a mis de l’énergie, du temps, elle a moins vu ses enfants et son mari, elle a sacrifié une partie de ses devoirs d’épouse et de mère de famille, pour aller se battre pour quelque chose de plus fort, de plus important.

Elle est descendue dans la rue pour que personne ne puisse porter atteinte à sa conviction morale. Elle s’est sentie devenir le bras armé d’une justice immanente, mobilisée pour préserver la civilisation d’une menace terrible.

Cette menace met en péril un équilibre, une homogénéité, des valeurs traditionnelles, solidement ancrées –  elle dit : « pures », « naturelles », « universelles ». L’intégrité de son système est menacée par l’ouverture à d’autres formes de famille, de conjugalité, de procréation.

Elle dit : il est nécessaire, bon et naturel que nous seuls nous reproduisions. Cela doit s’imposer à tous. Nous refusons la diversité. Certes, dit-elle, des personnes devront être sacrifiées, mais c’est pour le bien de l’humanité.

Mais, cousine, c’est cette idéologie qui est terrifiante, et meurtrière. Elle condamne à la souffrance et à la violence un nombre effarant de personnes. A cause de cela, il y a eu, il y a, et il y aura mort d’hommes et de femmes. Mort massive, et souffrance massive.

Elle porte un nom, cette idéologie qui veut sauvegarder la reproduction « pure » des personnes de la même couleur de peau et de la même culture, et, qui, pour cela, est prête à sacrifier des êtres humains.

Cette idéologie, historiquement, beaucoup l’ont comparée à une moisissure, et c’est exactement cela. Elle est insidieuse comme une moisissure. Elle se développe dans l’obscurité et dans une atmosphère viciée. Parfois, elle est mise à jour. Lorsque LMPT est descendue dans la rue, c’est comme si on avait ouvert le couvercle, et qu’on avait découvert qu’une gigantesque partie de la société était moisie.

Alors il faut lutter. Il faut repousser la moisissure, par des paroles, par des gestes ; il faut exister, être visible, être différent, crier, mobiliser, constituer des réseaux, être pleinement, vivre ouvertement, communiquer, militer. Et il ne suffit pas de repousser la moisissure, il faut également lutter contre les conditions de création et d’expansion de la moisissure. Il faut lutter pour améliorer les conditions de vie, lutter contre les inégalités, s’ouvrir à toutes les diversités, aimer toutes les diversités.

Et ne pas croire que la moisissure s’arrêterait parce que, tout simplement, on aurait replacé le couvercle.

 

Et la diversité se lit ! N’hésitez pas à offrir à vos cousin.e.s l’édition augmentée de mon petit livre, qui tourne en dérision les clichés sur les gays…: http://tinyurl.com/touslesgayscollector

Perso | 02.12.2015 - 13 h 20 | 7 COMMENTAIRES
Version Collector disponible, avec inédits…

Che.r.e lecteur.trice,

J’ai été mauvais langue – pour changer ! La version collector, avec inédits, de mon livre, est sortie, juste à temps pour les cadeaux de Noël. Il y en aura pour tout le monde, et pour tous les goûts… mais précipitez-vous quand même, car c’est à prix spécial pendant les prochains jours…

DISPONIBLE ICI : http://tinyurl.com/touslesgayscollector

Merci beaucoup pour votre fidélité !

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