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Processus | 12.12.2015 - 16 h 52 | 2 COMMENTAIRES
Homomicro, l’émission qui se prend au mot

Homomicro, c’est une émission pour les homos, présentée par un Arabe – déjà, à ce stade de la présentation, Marion Maréchal Le Pen est tombée en syncope. Les chroniqueurs et chroniqueuses y parlent de culture – le reste de la famille Le Pen s’évanouit. On y emploie des mots comme « pédé » et « gouine », et les gens semblent heureux d’être là – sous le choc, une grande partie de la droite et de la gauche bien-pensante demande un arrêt de travail. Et il y a une femme à la régie – la France machiste se gausse, y compris une partie des homos. Enfin, il y a même des éditorialistes qui font un vrai travail de réflexion, et là, c’est la stupeur générale. C’est quand même fou, non ?

Evidemment, non. Ce qui est fou, vraiment fou, c’est qu’Homomicro soit la seule émission comme ça. Presque la seule, pour être honnête : je crois bien qu’il doit y en avoir une autre à Lyon, et sûrement quelques transmissions locales par-ci, par-là. Mais au niveau national, rien. Pas un programme télé à destination des LGBTQI, pas une autre transmission radio, grand public, du gratuit ou même du payant, rien.

Plus généralement, les médias LGBTQI surnagent à grand-peine, comme Yagg ; voire meurent, comme Têtu. Et dans le même ordre d’idées, le Marais parisien est à la dérive : les magasins de luxe ont commencé à le dépiauter avec délices, comme des vautours ayant enfin eu accès à une carcasse bien en chair qu’ils lorgnaient depuis longtemps.

Beaucoup de personnes, notamment de jeunes homos, me disent : mais ce n’est pas forcément mauvais signe ! Cela veut dire qu’il y a plus d’intégration, et qu’il n’y a plus besoin d’une presse communautaire, d’un quartier gay, etc. Aujourd’hui, disent-ils, on peut être homo dans la société, se tenir la main en public n’importe où, etc. Suivant ce raisonnement, il n’y aurait plus aucun besoin d’une émission comme Homomicro : une émission au sujet du monde homo, pour quoi faire ? Ca sert à quoi, dans un monde où les choses vont si bien ?

Certes, chacun vit son homosexualité, ou plus largement ses différences, de la manière qu’il ou elle le veut. Chacun-chacune a tout à fait le droit de se farcir d’illusions jusqu’au plus profond de son intestin, de penser que tout va pour le mieux et que les droits sont acquis ad vitam aeternam.

Ceci étant, au lieu de partir d’emblée sur la controverse – homophobie ou pas, tolérance ou pas, amélioration ou pas – je voudrais décaler légèrement le point de vue, et parler de l’envie, et du droit, qu’on peut avoir d’être une communauté, de former un groupe. Un groupe issu non pas de la peur de l’homophobie, de la volonté de protection, du désir d’espaces circonscrits et protecteurs ; mais de l’envie d’être ensemble, de partager des choses positives ensemble, d’avoir le droit de partager des affinités, des désirs, sans avoir à les légitimer par un discours. Reproche-t-on aux catholiques de se regrouper dans un lieu de culte ? Aux expats, partis à Hong Kong ou au Mali, d’avoir envie, de temps à autre, de se retrouver pour parler français et évoquer des souvenirs de leur pays ? Aux habitués, de se retrouver dans tel ou tel bar chaque jeudi soir ? Non. Alors pourquoi reprocherait-on aux homos de se retrouver, eux aussi, dans tel bar ou dans tel quartier, un soir de semaine ? Il y a une télé catho, il y a des journaux à destination des personnes de telle ou telle origine, et une télé ou une presse LGBTQI ne serait pas bienvenue ? Il y a des cités privées pour les très riches, il y a des quartiers ethniques ouverts, il y a une petite Russie et un quartier intello-latin à Paris, et un quartier gay serait une mauvaise chose ?

Homomicro, c’est comme la presse gay, et c’est comme le marais, et c’est comme toutes ces autres choses. C’est une expression de quelque chose qui s’assume comme communautaire, et c’est une expression publique, ouverte, visible. Au même titre que tous ces autres groupes, tous ces autres cercles identitaires, variés et changeants, les LGBTQI n’ont pas à avoir honte de former, par moments et par endroits, un groupe ; et de rendre ce groupe visible, public, parfois nombreux, et politisé. Sur cette envie, sur ce désir, se greffe une volonté politique de défense des droits, de lutte contre l’homophobie, de protection ; et cette bataille a besoin de leviers, d’espaces, d’outils. Dans le contexte actuel, Homomicro est un des rares espaces publics restants aux LGBTQI qui dit : écoutez-nous, voyez-nous, nous existons en tant que groupe, et pas seulement en tant qu’individus ou en tant que réseau social éclaté. Nous avons une histoire. Nous avons un héritage, nous avons un présent, et nous avons un futur. Ce « nous » a le droit d’exister au même titre que les autres « nous ». Ce « nous » a besoin d’un espace d’expression, sinon il disparaît. Qui peut croire que les jeunes homos continueront longtemps à se tenir la main dans la rue, s’il n’y a plus d’espace communautaire, de presse dédiée, de groupe qui tente de faire valoir les droits des LGBTQI ?

Homomicro, ce n’est pas seulement une émission qui pourfend l’homophobie. C’est un principe en acte. C’est le droit de toutes et tous de faire partie de communautés diverses, de groupes divers, de cercles d’affinités, de bandes d’ami.e.s, de réseaux de différentes tailles, sans qu’il y ait besoin de le justifier en permanence.

Ce n’est pas pour rien que la radio qui nous héberge s’appelle Fréquence Paris Plurielle. Le pluriel, les diversités, les ensembles.

Rendez-vous, donc, sur 106.3 FM, le lundi soir pour l’émission qui se prend au mot, mais aussi pour tout le reste.

(vous pouvez retrouver les émissions en podcast sur le site web d’Homomicro, ou sur FB)

 

PS : je serai à Homomicro le 21 décembre, pour parler de la version collector de mon livre, Tous les gays sont dans la nature. Mais la publication de ce billet quelques jours avant n’est, bien entendu, qu’une coïncidence absolument fortuite.

LES réactions (2)
Homomicro, l’émission qui se prend au mot
  • Par regius grisus 13 Déc 2015 - 20 H 19

    Pourquoi pas et surtout de les informés pour quelle raison ils sont gays, contresens puisque par un certain côté ils sont tristes, donc la violence des parents n’est pas anodines.

     
  • Par Christophe Martet aujourd'hui - 12 H 01

    Bien dit

     
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