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Les esquisses galantes
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Processus | 17.01.2016 - 16 h 23 | 0 COMMENTAIRES
Des paillettes sur la paillasse

Je me suis demandé pendant un moment pourquoi ce spectacle s’appelait Paillettes, et puis, un jour, ça m’a frappé, comme un coup de boutoir : les paillettes dans un spectacle de drags, c’est comme l’alcool dans les cocktails : s’il n’y en a pas, c’est d’un ennui abyssal. Une drag sans paillettes, c’est un cocktail sans alcool, c’est une vie sans vice, une princesse sans diadème, du sexe sans pénétration ! Horreur ! Va dans le métro, Satanas !

Allons même plus loin : il n’y a pas de vrai cocktail sans paillettes, et il n’y a pas de véritable paillette sans cocktail. D’ailleurs, tout ce qui ressemble au mot paillette est en lien avec les cocktails, c’est scientifique. Par exemple : une paille, c’est ce qui sert à boire des cocktails.

Une paillasse ? Eh bien, ça sert à faire des cocktails : des cocktails chimiques quand c’est en laboratoire pharmaceutique, ou à base d’eau-de-vie bon marché quand c’est la paillasse de votre roulotte. Ca s’appelle paillasse, parce que c’est, à l’origine, un plan de travail fait de matériaux de fortune, de la paille pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de s’offrir une table Ikea. La preuve, avant, dans les films de cul, ça baisait sur la paille dans la grange, aujourd’hui ça baise sur la paillasse de la cuisine. Il y a une continuité.

A propos de continuité, de la paillasse à la paille, de la paille au paillasson… Le paillasson, c’est l’endroit où on termine les soirées trop alcoolisées, à force d’avoir consommé des cocktails. Ca s’appelle comme ça, parce qu’avant on terminait sur la paille, et pas n’importe laquelle, la rugueuse, la rêche, un peu comme les cheveux de Mademoiselle Etienne après trois passages dans la backroom.

Et une paillotte ? Eh bien, c’est de la paille plus ou moins légale, sur les plages de Méditerranée, un endroit où on peut boire des cocktails.

Et puis la papaye, ça n’a rien à voir, mais c’est quand même ce qu’on met dans les cocktails.

Alors, bien sûr, il y a l’éternel débat : pour sucer un cocktail, vaut-il mieux une grosse paille, ou une petite paille ?

Parce que tout le monde aime les grosses pailles bien larges. Avec une grosse paille, le liquide est sucé plus facilement, ça monte plus vite, voire trop vite ! On n’a pas le temps de siroter, de savourer, que hop, c’est fini, c’est vidé, l’extase retombe, d’un coup ! Je parle des cocktails, bien sûr, je t’ai vu, toi, qui rigoles, au fond…

A l’inverse, imaginez-vous, telle Samantha de Sex and the City (je sais, mes références sont vieillottes, mais vous aussi, hein, avouez…), bref, Samantha, élégamment vautrée dans un transat au bord d’une piscine miroitante, en plein soleil de Floride ; un splendide éphèbe, torse nu, muscles saillants et luisants, sourire blancheur, chevelure légèrement désinvolte, pantalon blanc immaculé, vient vous apporter un cocktail énorme, coloré, de l’alcool pur délicatement relevé d’aromes fruités, un demi-fruit scintillant au soleil accroché avec langueur au bord du verre… le tout servi avec une micro-paille. Le truc nul, qui tombe dans le cocktail, qui vous rend les doigts gluants, pas possible de siffler son alcool de façon élégante, on a le pif dans le verre, on est obligé de relever ses lunettes de soleil tendance, bref, l’horreur, la déchéance, et la frustration, parce qu’on ne touche même pas au cocktail !

Evidemment, la morale, c’est qu’il faut de tout pour sucer un monde : de très grosses pailles, et des pailles plus fines, plus courtes, parfois recourbées…

Si vous avez suivi, vous allez maintenant me demander : et alors, quid des paillettes ? Quel lien avec les cocktails ? Les paillettes ont-elles leur place dans le monde de la succion ?

Ah, les paillettes… Ce sont de tout petits objets, mais qui confèrent de l’éclat à ceux qui les portent : ça les fait scintiller, ça les illumine, ça attire le regard. C’est une des rares choses qui sont modestes en elles-mêmes, mais mettent en valeur ce dans quoi elles baignent… Il y a ceux qui ont la paillette luxuriante, qui brillent de mille feux même dans l’obscurité ; et ceux qui ont la paillette discrète, qui l’utilisent comme une arme secrète, inattendue mais efficace, comme ces garçons qui, mal dotés par la nature, savent tirer le meilleur parti d’un outil peu impressionnant visuellement. (Vous avez compris j’espère, la paillette est un accessoire indispensable pour embellir même les laideurs les plus ébouriffantes. A bon entendeur salut…)

En outre, la paillette, comme le vice, s’immisce partout ! Vous en retrouverez, des années après un spectacle, dans une doublure de votre veste, au fond de votre placard, au fond de votre escarpin, ou au fond de votre anus ! (car oui, certaines personnes ne sont pas adeptes d’une hygiène parfaite). La paillette, sournoise et résistante, pénètre au plus profond de vous-même, de votre vie, de vos vêtements, et vous n’arriverez à vous en débarrasser, éventuellement, qu’avec extrême difficulté. Comme une drogue, elle est addictive : elle ne vous lâche plus, une fois que vous y avez touché.

Vous avez compris : la paillette, c’est l’alcool même ; c’est l’essence du cocktail, c’est le principe addictif de la boisson. Sans lui, le cocktail n’est rien. C’est petit, mais puissant. Discret, mais efficace. Ca fait scintiller le liquide, et ça envoûte les sens.

Pour résumer : la paillette, c’est le vice ; et le cocktail, c’est un mot anglais qui signifie deux fois « queue ». Deux queues et du vice : je vous fais un dessin ?

 

Texte en hommage aux Paillettes – Queer Show. 

Retrouvez mes autres textes ici !

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