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Processus | 15.03.2016 - 00 h 25 | 0 COMMENTAIRES
Le Gay Deficit of Attention (reboot)

D’après Wikipedia, qui est la source de toute vérité, le trouble du déficit de l’attention est un « trouble neuropsychiatrique et comportemental caractérisé par des problèmes de concentration ». C’est très sérieux et je ne devrais sans doute pas badiner avec, mais j’adore le mot « neuropsychiatrique », même si je ne sais pas très bien ce que ça veut dire.

Petite précision, les snobs et les psychiatres préfèrent utiliser l’expression anglaise attention-deficit disorder (ADD), ça sonne mieux ; moi aussi j’aime, c’est vrai que je suis un peu snob. Surtout, pour le dérivé gay de ce trouble, l’anglais est bien meilleur, plus souple, plus fluide : personnellement, j’aime bien dire gay deficit of attention, ou GDA (prononcez à l’anglaise, c’est plus classe), ça roule, ça coule, c’est joli. Alors que « trouble gay du déficit de l’attention », ça écorche vraiment l’oreille.

Donc, d’après mes observations cliniques consciencieuses, il y a bien une version gay de ce trouble de la concentration. Vous en avez sûrement déjà fait l’expérience : vous vous trouvez dans la rue, vous papotez avec un ami de choses et d’autres, et là, hop, un joli garçon passe, et tout à coup vous parlez dans le vide. Votre interlocuteur est soudainement perdu dans un abîme sidéral. Cela ne dure pas longtemps, mais la conversation est interrompue aussi totalement que si quelqu’un avait mis le cerveau de votre interlocuteur sur off. Ca peut reprendre ensuite, mais comme vous êtes dans la rue et qu’il y a beaucoup de garçons qui passent, la conversation devient vite une sorte de hoquet déstructuré.

Si vous êtes situé face à votre interlocuteur, il y a un signe qui ne trompe pas : c’est quand vous pouvez voir son regard tout à coup changer de profondeur de champ, quitter votre sphère relationnelle, et se perdre quelque part entre le garçon qui vient de passer et la quatrième dimension. Wikipedia, lumière de tout esprit, l’explique très bien : « La survenue d’un trouble de l’attention peut être influencée par certains facteurs environnementaux tels que l’exposition à certains neurotoxiques » : c’est tout à fait ça, des neurotoxiques qui se promènent librement dans la rue, et émettent des signaux hormonaux qui désarticulent la capacité logique de la personne qui les reçoit.

Alors, bien sûr, on peut considérer que ce trouble atteint aussi certains mâles hétérosexuels quand une poitrine opulente circule sous leurs yeux, ou certaines femmes ; mais croyez-moi, les inhibitions sociales sont bien moins tolérées par les organismes des gays (autrement dit, on s’en fout d’être malpoli, quand il y a un beau gosse qui passe ça prime sur tout le reste). Du coup, le gay deficit of attention disorder présente quelques formes extrêmes qu’on ne retrouve que très rarement dans la forme générique hétérosexuelle.

Il y a notamment une forme dérivée du GDA à forte prévalence dans la communauté gay : c’est quand le garçon qui vous écoutait non seulement quitte votre espace conversationnel, mais également votre espace réel, et se met à suivre le neurotoxique qui l’a déconcentré. En termes crus, votre interlocuteur voit passer un beau garçon et, subjugué, il lui emboîte le pas, en vous plantant là comme une vieille chaussette. Maintenant vous comprenez : il est sous l’influence d’un neurotoxique ! Ce n’est pas de sa faute… Un peu comme le joueur de flûte de je ne sais quel conte allemand envoûtait les gamins, et les emmenait dans un endroit caché pour leur faire je ne sais quoi. (Bien vu, d’ailleurs : la flûte, c’est sûrement neurotoxique, quand je repense à mes cours de musique à l’école, constellés de flûtes stridentes, bonjour les dégâts aux neurones). Bref, votre ami s’absente de votre conversation ainsi que de votre compagnie, comme ensorcelé par un magicien flûtiste et son sourire neurotoxique. Pour vous, c’est un peu inquiétant, n’hésitez pas à revoir vos basiques de la conversation amicale ; pour votre ami, c’est soit un indice de sexualité frénétique, soit signe qu’il faut aller voir un neuropsychiatre au plus vite.

Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à faire pour soigner le GDA. On peut opter pour des solutions de facilité, comme ne pas se promener dans le marais (mais c’est une solution de facilité particulièrement difficile), ou bien s’asseoir à un café en terrasse en veillant bien à ce que votre interlocuteur soit dos à la rue, et pas non plus en face d’un miroir. Ces solutions sont des artifices, des cache-misère. Si l’on veut prendre le taureau par les cornes et forcer votre interlocuteur à vous écouter lorsque vous vous promenez dans le marais vers 19 heures, il faut avoir une conversation extrêmement passionnante, ce qui est rare, ou bien parler de cul (mais c’est un jeu dangereux, car on met en place une atmosphère favorable au déclenchement du GDA), ou bien être drôle. Le rire est une des seules options induisant une résistance aux neurotoxiques générateurs de GDA, parce que, d’une part, l’esprit est occupé à surveiller la qualité de son rire, ni trop grave ni trop aigu, et que, d’autre part, on plisse les yeux, si bien qu’on voit moins bien ce qui passe à côté.

Plus on devient adulte, mieux on contrôle son GDA, parce qu’on est capable de l’inhiber, comme les hétérosexuels mâles bien éduqués ; mais ensuite, quand on vieillit, ça revient. C’est un peu comme les érections intempestives ou l’incontinence. Dans ce cas, l’idéal, c’est de se balader avec quelqu’un qui a le même souci. Deux vieux incontinents ensemble, ça ne se gêne pas. Par contre, de même que les petits vieux tentent de se retenir quand c’est leur femme qui les promène, de même essayez de contrôler votre GDA lorsque votre petit ami vous prend le bras et vous parle de votre couple et de votre avenir. Il risquerait de prendre mal votre sensibilité toute naturelle aux neurotoxiques. Et c’est vrai que déficit d’attention, là, en français dans le texte, c’est relativement limpide comme expression.

 

Retrouvez mes chroniques dans ce petit bouquin : Tous les gays sont dans la nature, aux éditions Des Ailes sur un Tracteur!

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