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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Perso | 22.12.2015 - 23 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Quelques souvenirs pour Noël

Pour clôturer cette année 2015, j’avais envie de reproposer quelques textes à tonalité joyeuse. Souvenirs de billets d’il y a deux ans…

http://lesesquissesgalantes.yagg.com/2013/09/04/le-mec-heureux/

http://lesesquissesgalantes.yagg.com/2013/09/18/le-joyeux-distrait/

 

Perso | 11.12.2015 - 18 h 22 | 1 COMMENTAIRES
Last minute signature

Pour info de dernière minute, et pour celles et ceux qui auraient l’idée saugrenue de vouloir mon bouquin avec ma petite signature en 1e page, c’est aujourd’hui vendredi 11 décembre, vers 19h, au bar Les Souffleurs, Paris, rue de la Verrerie !

Au plaisir de vous y voir !

Vous pourrez aussi y trouver tous les autres livres édités par Des Ailes sur un Tracteur !

Perso | 02.12.2015 - 13 h 20 | 7 COMMENTAIRES
Version Collector disponible, avec inédits…

Che.r.e lecteur.trice,

J’ai été mauvais langue – pour changer ! La version collector, avec inédits, de mon livre, est sortie, juste à temps pour les cadeaux de Noël. Il y en aura pour tout le monde, et pour tous les goûts… mais précipitez-vous quand même, car c’est à prix spécial pendant les prochains jours…

DISPONIBLE ICI : http://tinyurl.com/touslesgayscollector

Merci beaucoup pour votre fidélité !

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Perso | Traits | 15.09.2015 - 21 h 30 | 4 COMMENTAIRES
Etienne Etienne

J’aime Etienne Daho.

J’ose l’affirmer, et je sens d’ici l’impact des ondes négatives à distance que cette simple phrase me vaut de la part de certaines de mes copines lesbiennes, entre autres.

Je trouve qu’il a une voix chaleureuse, profonde, belle, incroyable. Elles le trouvent insipide, et ne méritant pas même un adjectif supplémentaire.

J’aime ses textes et ses chansons. Je trouve qu’il était en avance sur son temps, et qu’il a su trouver une voie indépendante, unique, malgré quelques errements – qui n’en fait pas ? Elles considèrent qu’il n’a fait que se tromper depuis trente ans, et qu’il est un représentant de la pire espèce de musique qui soit, les années 1980 (elles n’ont peut-être pas tout à fait tort, rationnellement parlant, mais qui veut être rationnel quand on parle d’art ? Les années 80 étaient sublimes ! Comment peut-on jeter aux orties tous ces machos romantiques et tous ces flous artistiques et fluorescents ?). Elles pensent qu’il devrait définitivement se débarrasser de ses attitudes de post-adolescent, de ses vestes en cuir, de ses coiffures vaguement playboy, mais elles lui reconnaissent quand même une discrétion médiatique de bon aloi. Moi je dis que l’amour est aveugle, et je me contrefiche de ses vêtements ou de sa coiffure ; et maintenant, d’ailleurs, ce sont mes amis gays qui envoient des ondes négatives, et de la part de certains j’entends même distinctement un commentaire sarcastique « les grands esprits se rencontrent, ceux qui s’habillent comme des sacs aussi »… Bon, si je devais en dire un mot, je dirais qu’un homme qui parvient à faire des chansons qui traversent les décennies a le droit de s’habiller comme il veut.

Je lui reproche tout de même une fin de phrasé parfois un peu trainant, étrangement snobinard et parisien pour un poète provincial, une tentative de rocker soft. On dirait qu’il essaie de draguer à l’italienne, en laissant quelque chose en suspens, une interrogation, une envie… ça marche peut-être sur les filles – pas sur mes copines lesbiennes, en tout cas.

J’ai eu la chance de lui parler, une fois. Il m’avait semblé encore plus timide et angoissé que moi. Il m’a paru quelqu’un qui montre son humour dans ses chansons, mais qui reste méfiant dans la vie quotidienne, toujours jaloux de son intimité, protecteur de sa famille, de ses amis, de son monde.

Je me souviens de mon enfance bercée par le Duel au soleil. Je n’en comprenais pas vraiment les paroles, mais je me souviens de la pochette du 45 tours en noir et blanc, et je me souviens de ces mots qui traversaient mon corps avec une douceur et une délicatesse infinies, tout en se gravant dans ma peau.

Ces mots posés, solides, masculins, tranquilles. Avec un côté poétique et aérien. Je m’envolais avec lui. Chantre d’une masculinité forte mais légère, solide mais nous entrainant dans une danse lente, sûre, dans un tourbillon sans aucun malaise, dans un ciel nuageux, gris, mais nullement inquiétant…

(Ou bien est-ce que je confonds avec Chris Isaak, du temps où il était beau ? Et où j’aurais bien voulu remplacer cette top model juvénile absolument sublime, Helena Christensen, qui se prélassait dans ses bras et nous abreuvait de regards languissants à n’en plus finir ? Lui aussi avait un phrasé excessivement trainant, mais, allez savoir pourquoi, ça marchait mieux.)

Est-ce que Guesh Patti pensait à lui, à la fin des années 80 ? Voulait-elle que cet Etienne-là le tienne bien ? Moi je n’aurais pas dit non, d’ailleurs ma mère avait tout compris et avait plus ou moins tenté de faire disparaître l’objet du désir. Peine perdue – ah vraiment, les mères des gays en devenir sont un réservoir inépuisable de tentatives désespérées pour remettre leurs fils dans le droit chemin, en pure perte.

Bon, bien sûr, Etienne Daho s’est un peu fourvoyé, à l’occasion, dans des dabadabada un peu ridicules, dans quelques chansons. Mais que celui qui n’a jamais chanté dabadabada lui jette la première pierre ! Un artiste populaire a le droit d’avoir sa période chanteur de douche, et puis, ça désinhibe les petits écrivaillons qui n’oseraient pas lui proposer de chanter une chanson dont ils auraient écrit les paroles.

Car oui, j’ai failli le faire – lui envoyer un texte.

Et puis, il a sorti un album avec Jeanne Moreau, sur des textes de Jean Genet.

Je vous conseille cet album, c’est magnifique. Mais ça m’a bien calmé.

 

 

Et toujours… http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Tableaux | 14.07.2015 - 00 h 03 | 2 COMMENTAIRES
Le vieux qui a tout lu

« Evidemment, je suis le seul un peu cultivé, ici… » dit-il, avec une moue sensiblement méprisante, et le regard du professeur désappointé. C’est un lieu commun ; mais il pense presque ce qu’il dit. Il a tort en fait, parce qu’il s’autorise une légère outrance, en même temps qu’il cède à la fausse modestie : en réalité, les autres sont un peu cultivés, lui l’est énormément. Il dit ces mots pour taquiner les autres, les aiguillonner, non pour les assommer de sa supériorité (allez, si, un peu, quand même) ; surtout, il est authentiquement déçu, attristé, de voir la culture « se perdre ». Lui qui ne comprend pas tout à fait bien les nouveaux développements des mondes virtuels, les horizons qui se déploient avec la culture internet, les nouvelles technologies, les jeux vidéo, les réseaux, il est très loin d’être stupide, il s’est informé, il n’est pas ignorant de tout ce qui frétille ou explose, mais, indéfectiblement, il croit, il sait, que rien ne remplacera jamais les livres ; il croit, il sait, que le cinéma, le grand cinéma ou le petit, long ou court, ancien ou récent, est un art absolument merveilleux. Il sait qu’il faut connaître la musique, la danse, l’opéra, le théâtre, pour mieux les apprécier ; et qu’apprécier ces arts constitue la racine, la raison d’être, le but même de l’existence des hommes.

Ces livres qu’il a lus, ces films qu’il a vus, ces spectacles qu’il a regardés et entendus, lui ont fait un précieux cadeau : sa parole est d’or. Quand il parle, il vous envoûte. Une force lente et douce émane de lui, irrigue tous ceux qui l’écoutent. Ordinairement, la plupart des gens ne se rendent pas compte de sa présence, ou le regardent d’un œil ennuyé, au mieux bienveillant. Il joue au vieux. Mais quand il commence à prendre la parole et l’espace, il conduit une danse lente – pas si lente, hein, pour un vieux – et il emmène avec lui tous les présents, pour quelques pas, parfois plus, dans un monde intellectuel, classique, dense et lentement virevoltant.

Il est celui qui a vu beaucoup de ce qu’il y avait à voir, et qui a décidé que le seul véritable intérêt de l’existence, c’était la créativité des hommes, à condition qu’elle soit partagée, et avec l’espoir qu’elle soit positive, et non empreinte d’idéologies délétères.

Alors, c’est vrai, cela fait blasé. C’est pour ça qu’il se désigne lui-même comme « le vieux » (en fait, ça lui permet aussi de souligner qu’il s’entoure de jeunes hommes, et qu’on ne le remisera pas de sitôt dans un placard poussiéreux avec ses contemporains qui ont cessé de sociabiliser le jour de leur soixantième anniversaire). Quand on commence à mieux le connaître, quand on lui pose des questions, on peut voir ressurgir le jeune homme, l’œil brillant et séducteur, l’enthousiaste, le coquin : assez facilement, d’ailleurs. Son énergie est déroutante, parce qu’elle est bien canalisée, voire dissimulée. Au fond, il est sectaire : tout le monde ne mérite pas qu’on dépense de l’énergie pour eux – mais ça ne se dit pas, ça se décide et ça se vit. C’est aussi un moyen de se protéger, c’était peut-être ça la motivation principale au départ, mais aujourd’hui c’est secondaire.

Il aime les jeunes garçons, et il le dit sans sourciller. Il lit parfois, dans les yeux de ses interlocuteurs, le passage d’une angoisse non formulée « mais à qui suis-je en train de parler ? Qu’essaie-t-il de me dire ? Des garçons jeunes, pas trop quand même ? ». Il aime les jeunes et beaux garçons ; pas les enfants. Il se trouve toujours quelqu’un pour ressortir la comparaison avec les Grecs de l’Antiquité, comme s’il était un Socrate expérimenté éduquant Alcibiade et quelques autres aimés. Il n’a pas besoin de cette comparaison. Comme n’importe qui, il est attiré par la beauté et la jeunesse, et celles-ci parfois le lui rendent bien.

Il a une famille, mais la plupart des gens autour de lui n’en savent rien, parce qu’ils ne lui posent pas de questions. Il a peut-être perdu l’homme de sa vie à cause du sida, il y a pas mal d’années, et il ne s’en est jamais vraiment remis. Il a sûrement eu un ou deux enfants, avec qui il a de bons rapports, même si ceux-ci mènent une vie indépendante et assez différente de ce qu’il avait pu imaginer pour eux. Il est content d’être retraité, quel qu’ait été son métier, fonctionnaire quelque part, ou expat (il a beaucoup, beaucoup voyagé), ouvrier, agriculteur, gestionnaire de quelque chose ; avec un enthousiasme et une bonne volonté qui se sont dissipés petit à petit, lentement, comme un glaçon dans une liqueur fine. Les associations l’ont déçu, plus rapidement (la lutte contre le sida, contre l’homophobie, contre le racisme ; l’engagement humanitaire ; l’engagement laïc), mais il continue, parce que sinon, ce serait encore plus décevant.

Le vieux qui a tout lu : un homme qu’on n’oserait jamais décrire, à première vue, comme fort ; et qui, pourtant, possède une force de vie et d’âme si denses qu’on reste loin derrière, et sur le cul.

 

D’ailleurs, si vous voulez lire plus, une suggestion tout à fait désintéressée… : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Tableaux | 08.05.2015 - 09 h 39 | 0 COMMENTAIRES
Le musicien-mes-mains-sont-un-temple

Le geste est sublime comme une poésie qui prend son envol dans une lumière d’hiver. La main est aérienne, ferme et d’une grâce absolue. L’archet en est un prolongement vivant, vibrant, fragile et solide à la fois. La musique emplit la pièce et l’enveloppe comme un animal irréel et envoûtant.

Les mains du musicien sont un temple. Blanches, fines et musclées, soignées, hydratées, protégées par des mitaines contre le froid et les agressions multiples de la vie urbaine, elles sont un trésor que la plupart des néophytes ignorent complètement.

C’est pourquoi le musicien ne pratique pas le fist-fucking. Trop dangereux (pour la main). Même en version passive : il ne supporte pas même l’idée que sa main puisse être employée de la sorte ; c’est un peu comme si on prenait son archet et qu’on le mettait à tremper dans du liquide. C’est un sacrilège inimaginable. En revanche, que les autres s’adonnent à ces jeux et prennent ce risque, il s’en contrefiche, les mains des autres ne l’intéressent pas le moins du monde.

La branlette est plus acceptable que le fist-fucking, dans la mesure où elle est bien conduite, avec attention et respect (pour la main, bien sûr). Pour ce qui est de la fellation, aucun souci, on n’est pas en train de parler des chanteurs, on peut enfoncer tout ce qu’on veut jusqu’au fond de la gorge sans crainte de conséquences désastreuses sur les outils professionnels. Quant aux fesses, ce serait accès libre sans restriction, s’il n’y avait chez le musicien-mes-mains-sont-un-temple une sorte de pudeur générale qui l’empêche de s’ouvrir complètement en dehors de l’exercice de sa passion.

Il y a (peut-être ?) une très légère tendance à la sanctuarisation exagérée de la part du musicien-mes-mains-sont-un-temple. En effet, souvent, par contraste avec ce qui nous a été vanté, on a de mauvaises surprises : un geste plutôt monotone et ennuyeux, quand il n’est pas incertain, une main courbaturée, fatiguée, parfois calleuse. Les cordes grincent comme une vieille porte en bois humide, parfois crissent comme une fourchette sur une assiette ; et les branlettes ne sont pas très réussies. Les caresses d’un pianiste que j’ai connu m’avaient donné le sentiment de me faire parcourir le dos par des osselets articulés. Remarquez, c’est un type de frisson comme un autre, certains peuvent aimer…

Heureusement, on pardonne tout aux musiciens-mes-mains-sont-un-temple. Leurs yeux, leur sourire, leur passion, les rendent attachants. Contrairement à ce qu’on croit, ils ne sont pas snobs ou prétentieux même s’ils en donnent l’impression. Ils ne sont pas détachés des choses matérielles et bassement financières ou organisationnelles, car ils sont au contraire passés maîtres dans les arts administratifs, dans les gestions de calendriers de concours et de tournées, dans l’organisation de groupes, consorts, orchestres, dans les négociations d’obtention de salles, de communication, de multiples détails allant de l’acoustique au café d’accueil du public et au remboursement des frais engagés. Il faut donc leur reconnaître le mérite de savoir maintenir, malgré tout ce travail un peu aride, la passion de leur art et de leurs mains.

On leur pardonne les horaires de travail, de répétition, de concert, de réunions. On pardonne les crises existentielles théâtrales liées à un phrasé manqué, à une expressivité légèrement ratée, que nous profanes sommes à des kilomètres de soupçonner. On pardonne les sommes astronomiques dépensées pour l’entretien des instruments de travail, y compris les mains.

On pardonne, parce que l’art est la chose la plus difficile et la plus belle au monde.

On pardonne, dans notre grande et belle magnanimité, parce qu’on n’a pas besoin de réfléchir très loin pour se trouver les mêmes obsessions et barrières, sauf qu’on ne produit pas grand-chose de beau.

On pardonne au musicien-mes-mains-sont-un-temple, donc ; mais on couche assez peu avec.

 

Pour en lire plus : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html