La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Premiers tableaux | Tableaux | 18.09.2013 - 07 h 47 | 5 COMMENTAIRES
Le joyeux distrait

Le joyeux distrait, c’est l’homme de mes rêves. C’est probablement le cauchemar pour d’autres que moi, mais tant mieux, ça limite la concurrence.

Le joyeux distrait a comme caractéristiques principales d’être joyeux, et distrait. Du coup, pour beaucoup de gays souhaitant se mettre en couple, il est l’incarnation de l’horreur. Joyeux : c’est-à-dire non adéquatement dépressif, et qui balaie d’un revers de la main les lamentations convenues du gay en quête d’amour inconditionnel et de validation de ses névroses. Distrait : c’est-à-dire qu’il n’apporte pas forcément une attention maximale aux problèmes de l’autre, ce qui est agaçant au possible.

Mon point de vue est un peu différent : le joyeux distrait est loin d’être parfait, mais du coup on peut le critiquer régulièrement, ce qui est vital pour un couple. Je débats encore fréquemment avec moi-même pour savoir si la distraction est vraiment un défaut. Par exemple, il a tendance à laisser trainer ses slips sales : certains diront que c’est crade, mais c’est un défaut mineur comparé aux bénéfices induits pour le couple : ça fait cliché hétéro donc c’est assez sexy, ça me permet de critiquer sans scrupules, et surtout ça flatte mon côté ménagère méticuleuse qui a besoin de ranger quelque chose toutes les demi-heures. Etre distrait, c’est utile pour le couple et craquant pour tout homo qui souhaite laisser s’exprimer sa grand-mère intérieure. Et puis, l’inverse de la distraction, c’est l’angoisse, le contrôle, l’anticipation systématique : pas vraiment mieux. J’ai déjà essayé de me mettre en couple avec un garçon plus angoissé qu’une jeune vierge catholique la veille de son mariage et plus minutieux qu’un inspecteur fiscal ; ça n’a pas marché, allez savoir pourquoi.

Typiquement, le joyeux distrait perd à intervalles réguliers son téléphone portable, le plus souvent oublié dans des endroits absurdes : dans le réfrigérateur, dans le bac à linge sale, dans la boîte à capotes… Ce n’est pas extrêmement pratique, et c’est surtout difficile à gérer en début d’une relation, quand, par exemple, mais je dis ça au hasard, on envoie un certain nombre de textos urgents (ne dépassez pas une vingtaine par heure, sinon ça fait obsessionnel) sans la moindre réponse ; on passe par tous les sentiments, angoisses et colères imaginables, pour s’entendre dire au bout de quelques heures, dans un sourire désarmant, qu’il est désolé mais qu’il avait oublié son portable. C’est tout. Ensuite, il rigole en voyant les centaines de textos reçus en trois heures, et moi, enfin je veux dire la personne qui a envoyé les textos, on s’abîme au fond d’un gouffre insondable de ridicule et on prétexte un travail urgent à faire ailleurs ou, si possible, on critique le non rangement d’une paire de chaussettes, de façon à changer le sujet et reprendre l’avantage de manière subtile. Tout de même, au bout de quelques mois, on s’y fait, à ces oublis de téléphone ; et cela peut même se révéler assez pratique, car cela fait naître des sortes de trous d’information au milieu de la journée, ce qui est très pratique pour les plans cul, et plus généralement favorise une forme d’indépendance bienvenue au cas où le joyeux distrait serait en couple avec un control freak, ce qui n’est pas du tout mon cas, bien entendu, je vous assure.

Il ne faut pas confondre distraction et inattention. Si le joyeux est distrait, c’est souvent qu’il est complètement absorbé par une autre activité ou par une pensée salace. Il y a, tout simplement, une hiérarchie des phénomènes qui accaparent son attention. Les choses ménagères sont tout en bas, les choses du sexe tout en haut. Les âneries diffusées sur les chaînes de télévision privées sont également assez haut sur cette échelle de valeurs, mais si vous proposez une bonne baise, vous recevrez son attention complète et reconnaissante. Si vous m’avez bien suivi, vous en avez déjà tiré la conséquence la plus intéressante : très peu de choses sont susceptibles de faire faiblir son attention quand il baise. C’est un excellent coup. Ce n’est pas un hasard s’il est joyeux.

Premiers tableaux | Tableaux | 07.09.2013 - 12 h 50 | 3 COMMENTAIRES
Le Federal American

Voici une catégorie extrêmement intéressante (c’est-à-dire intrigante mais sexuellement fastidieuse) pour un Français, ou peut-être même pour tout gay pourvu qu’il ne soit pas américain. J’évacue immédiatement les Américains, car pour eux la catégorie est très simple : il s’agit, sauf exception rare, de la seule catégorie viable pour une relation, et par conséquent le Federal American ne peut envisager de sortir qu’avec son miroir – au sens figuré, ou parfois au sens propre.

Pour les non Américains, la chose est plus subtile, et les techniques d’approche délicates à mettre en œuvre. En théorie, il y aurait un protocole à suivre, avec plusieurs étapes inscrites dans le marbre de la civilisation dominante : la plaisanterie lors de la première conversation voire, si possible, de la première phrase, le baiser sur la commissure des lèvres en fin de second rendez-vous, etc. Tout le monde (sauf le Federal American) reconnaîtra que c’est d’un ennui consommé ; et, ne retrouvant pas systématiquement dans le monde gay les impératifs de reproduction sociale encadrée qu’impose une civilisation puissante et hétérosexuelle, on se passera des processus normés et on sautera les étapes, ou la personne si on y parvient.

Le Federal American est une sorte d’idéal-type incarné. Il incarne son pays, il incarne l’homme valeureux, il a un sourire immaculé et d’ailleurs vous fera immanquablement deviner combien d’argent il a dépensé pour obtenir des dents aussi parfaites. Cela fait partie des étapes indispensables de la conversation, au même titre que la blague originelle et que l’indication du prénom suivie du diminutif. Notons que le protocole est loin d’être absurde, il témoigne simplement d’une technique de séduction reproductible. La blague sert à dire : je suis un mec drôle. Les dents : j’ai de l’hygiène et de l’argent. Le diminutif : je suis ouvert et j’ai des amis. Faites se rencontrer deux Federal Americans, regardez-les  suivre ces étapes, et constatez qu’ils sont amoureux l’un de l’autre, ou chacun de soi en réalité, au bout de quelques minutes.

Le problème qu’on rencontre assez régulièrement, c’est que l’originalité déroute le Federal American. Faites preuve d’originalité une fois, et, pour dissimuler sa gêne, il rira – on lui a toujours appris qu’il fallait rire dans ce cas, en faisant bien attention à exhiber ses dents bien alignées. Mais faites preuve d’originalité une seconde fois, et vous l’avez perdu. Vous l’avez mis en situation d’infériorité, vous avez enfreint la règle numéro un de toute séduction puisqu’il s’agit de faire croire à l’autre qu’il est exceptionnel. Vous aurez beau ramer, essayer d’expliquer que vous vous moquiez de vous-même, son sourire est parti, et, sous peu, le reste de sa personne aussi.

Contrairement à une idée reçue largement répandue, ou à une idée répandue largement reçue, le Federal American n’est pas toujours blond à la mâchoire carrée et aux épaules de quarterback. Certes, c’est fréquent, comme en témoignent les films pornographiques californiens qui mettent en scène un fantasme dominant et glabre. Mais on trouvera occasionnellement des bruns. Bref, ne vous fiez qu’à une chose pour le reconnaître – vous avez compris, le sourire.

Un dernier conseil : pour un Français, le Federal American constitue une catégorie qui ressemble à s’y méprendre aux BMC. N’hésitez pas à creuser un peu : la conversation sera tout de même plus fouillée. Il arrive même qu’on trouve également de la sensibilité et de l’émotion, en plus de l’argent. En revanche, attention, l’intérêt porté à tout ce qui est extérieur au système du Federal American n’est souvent que de façade. Quant au sexe, oubliez.

Premiers tableaux | Tableaux | 04.09.2013 - 14 h 14 | 3 COMMENTAIRES
Le mec heureux

Si si, ça existe. Fi des clichés, encore une fois : être gay et heureux, et même longtemps, ç’est possible. Qui plus est, le gay heureux n’est pas toujours d’un ennui abyssal, je vous assure. Ce serait même plutôt l’inverse.

Je vous vois venir : le gay est censé avoir souffert pendant son enfance, à l’adolescence, lors de sa première sodomie, quand sa mère décède, bref, à peu près à tout moment de sa vie, et si rien de tragique ne survient, l’ennui et la normalité confondante de la vie sont vécues comme une souffrance indicible, dans un monde où chacun est censé s’extasier et se morfondre à un rythme stroboscopique. Le monde gay, sorte de trouble maniaco-dépressif collectif, ne laisserait pas de place à l’ennui et encore moins au bonheur.

Les accointances avec des homosexuels d’âge honorable permettent de tirer de tout autres conclusions. Au fond, être homo et vieux, c’est un peu comme être vieux et habiter un bidonville : au vu des taux de violence et de mortalité, on peut s’estimer heureux d’y être encore. Certes, on s’attire également un nombre respectable de regards apitoyés, agrémentés d’une pointe d’aversion. Mais, si on a un peu de jugeotte et quelques affinités avec les scénaristes de films intellectuels américains, on regarde le vieux avec respect en pensant : il a bataillé. Comme dirait une diva noire hétérosexuelle entre deux dislocations de hanche, he’s a survivor. Evidemment, mon raisonnement pâtit d’une lacune logique pas tout à fait négligeable : éviter de mourir ne suffit pas à rendre heureux. C’est pourquoi il faut parler avec de vieux gays, ils en parleront mieux que moi, et vous diront, tout simplement en fait, qu’il faut être heureux.

Bon, on peut même être gay, heureux et jeune. La plupart du temps, bien entendu, c’est du bourrage de crâne, ou bien de la bêtise ; mais d’autres fois, c’est effectivement une conquête, une victoire sur la tragédie, par exemple lorsqu’on apprend à bien maquiller les rides, lorsqu’on comprend qu’on danse instinctivement mieux que les hétérosexuels et que leurs railleries ne sont qu’envie et frustration, lorsque les amis à qui l’on n’osait pas faire son coming out viennent nous voir et nous disent que, bon, maintenant, ça y est, hein, on arrête les frais et on avance… Certes, tout cela décrit plutôt de petites touches de bonheur impressionniste, et non le fleuve majestueux, serein, faiblement pollué, au parcours convenablement sinueux sans être ni ennuyeux ni fastidieux, de la vie du mec heureux.

Le gay heureux, en réalité, il est juste là, et il est un peu énervant. Il est assez difficile à critiquer, ce qui le rend difficile à fréquenter, mais les personnes ordinaires s’en contentent. Il a tout pour plaire, ce qui inclut, en général, un petit ami, voire un mari et des beaux-parents. Sa compagnie est agréable, il est un peu fou, il prend quelques risques, pas trop. On l’envie, mais pas pour son argent ou ses pommettes récemment rehaussées. On l’envie, c’est tout.

 

Premiers tableaux | Tableaux | 04.09.2013 - 14 h 12 | 2 COMMENTAIRES
Le catholique syncrétique

Le gay catholique syncrétique est celui qui s’acharne à faire mentir l’adage bien connu (de l’auteur de ces lignes, en tout cas) selon lequel il est possible d’être gay et catholique, d’être gay et intelligent, d’être intelligent et catholique, mais pas les trois à la fois. Certes, nombre de mes amis prétendent qu’il n’est pas possible de toute façon d’être catholique et intelligent, et que cela met un terme à toute discussion. Ce sont des intransigeants, je me targue d’être plus ouvert, et je reconnais qu’une certaine forme d’intelligence est compatible avec une certaine dose de catholicisme. Quoi qu’il en soit, cette recherche de syncrétisme passe par toute une série de circonvolutions intellectuelles qui aboutissent, systématiquement, à quelques entorses à la catholicité ou à l’intelligence ; on comprendra qu’une entorse au fait d’être gay n’est pas possible, puisqu’elle signifie être hétérosexuel ou chaste. Ainsi, j’ai connu des garçons qui m’expliquaient la différence entre abstinence et chasteté, la seconde étant plus acceptable que la première, même avec des personnes de même sexe ; d’autres qui appuyaient leur raisonnement sur l’insondable sexisme de la Bible, et qui prétendaient donc que la relation entre deux hommes était plus louable que la relation avec une femme. D’autres garçons encore travaillaient la notion de virilité, démontrant que l’homosexualité était conforme au catholicisme tant que les garçons restaient virils. Certains plaisantins affirmaient que le discours de l’Eglise n’était que de la poudre aux yeux, et qu’il fallait regarder les faits : les monastères et autres lieux de sainteté étaient des pépinières pour homosexuels de façon tout à fait assumée et étudiée.

On l’aura compris, le gay catholique syncrétique n’aime rien tant que démontrer qu’il a raison et que sa vie, son comportement, sa morale, sont cohérents et justes. La conséquence majeure de cette attitude est une absence de sexe satisfaisant, non tant par manque d’envie mais par manque de temps. Les interminables justifications ont raison des patiences les plus fermes et des désirs les plus brûlants.

Un conseil d’expérience : si vous parvenez à coucher avec un catholique syncrétique, surtout ne le laissez pas parler après l’amour. Le temps de la relation sexuelle ne constitue bien souvent qu’une parenthèse, certes bienvenue, mais très fugace, et votre amant aura très certainement tendance à reprendre son discours d’autojustification immédiatement après la jouissance. C’est d’ailleurs un indicateur certain du catholicisme de votre amant, qui se sentira coupable d’avoir joui. Bref, faites-le taire.

Premiers tableaux | Tableaux | 02.09.2013 - 16 h 40 | 1 COMMENTAIRES
La courtisane fragile (le fan de Mylène Farmer)

Contrairement à certains clichés fréquents chez les hétérosexuels vieillissants et les jeunes pousses trop vertes, les fans de Mylène Farmer ne sont pas tous des homosexuels à la virilité défaillante. Croyez-moi, la question du public de la chanteuse titulaire du plus grand nombre de titres classés numéro un en France n’est pas si anodine qu’elle en a l’air. Comment la diva, depuis qu’elle est devenue rousse, a-t-elle pu séduire, et conserver, un public aussi varié ? Et pourquoi y a-t-il si peu de réponses satisfaisantes à cette question ? On s’accordera assez aisément sur certains points : ce n’est pas grâce à son filet de voix, certes sublime dans son évanescence ; ce n’est pas non plus suite à une médiatisation à outrance, encore que la dame s’appuie sur un marketing de l’absence et du mystère à faire pâlir les chanteuses disparues… On pourra avancer sa beauté livide ou ses textes crépusculaires, ses vidéos qui, un temps, parurent osées, ou peut-être encore ses concerts grandioses, sa compétition territoriale avec Madonna…

Aucune de ses raisons ne semble suffisante… mais toutes forment système : elles circonscrivent l’aura poétique et magnétique du personnage, dont on ne sait, au final, si elle est une courtisane à la sexualité libérée cachant une exquise fragilité, ou une femme d’une délicatesse de cristal vivant intérieurement la vie d’une putain sauvage.

Le gay fan de Mylène Farmer, tout comme la jeune ménagère en couple rangé mais dotée de fantasmes inavouables et inavoués, se reconnaît dans ce double visage, dans cette contradiction assumée. Il exigera de ses amis qu’ils comprennent sa profondeur intime et fragile derrière son masque spectaculaire, ou bien sa salope intérieure derrière son apparence de jeune garçon sage.

En réalité, annoncer qu’on est fan de Mylène, c’est se décrire, se livrer, donner à ses interlocuteurs les clés de compréhension de son personnage. C’est une façon efficace de poser ses marques et de sélectionner, parmi le public, les personnes qui sauront regarder derrière la façade.

Bien sûr, certains rétorqueront qu’il s’agit ni plus ni moins d’un marqueur communautaire, d’un élément particulièrement connu de l’identité gay française ; de nombreux gays qui revendiquent leur singularité se font fort de balayer d’un revers de la main ce qu’ils dénoncent comme une forme de normativité de groupe. Attention toutefois aux amalgames : on peut ne pas être une courtisane fragile, on peut ne pas se lier d’amitié avec une courtisane fragile, mais trop souvent un pas supplémentaire est franchi, et on voit arriver les critiques sur les comportements, sur l’image que ces personnes donnent des gays, et voilà que la fragilité devient faiblesse et la faiblesse devient absence de virilité. C’est alors que les fans de Mylène Farmer deviennent des homosexuels à la virilité défaillante.

Paradoxalement, et peut-être heureusement, les gays courtisanes fragiles sont assez peu fragiles – et, en réalité, assez peu courtisanes. Contrairement à l’image qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes, on trouvera souvent qu’ils sont solides, qu’ils savent exactement ce qu’ils veulent, et comment l’obtenir. On trouvera qu’ils couchent assez peu en dépit de discours fort élaborés. On comprendra qu’il y a là-dessous une complexité difficile à synthétiser en quelques mots, et, ma foi, fort intéressante.

On se demandera, du coup, quelle conclusion tirer concernant les personnes les plus critiques à l’égard des courtisanes fragiles.

Premiers tableaux | Tableaux | 31.08.2013 - 12 h 38 | 8 COMMENTAIRES
Celui qui n’aime pas « le milieu »

Personne ne sait exactement ce qu’est « le milieu » gay ; seuls les gays « qui ne le fréquentent pas » et les hétéros semblent en avoir une définition incontestable. Ce serait, en gros, un ensemble de lieux, d’ambiances, de comportements, plus ou moins communautaires et fermés. Les gays « qui n’aiment pas le milieu » considèrent celui-ci, mais ce n’est bien sûr que du persiflage, comme un vaste poulailler caquetant et froufroutant, peuplé de poules affamées et consentantes, en quête de coqs (excusez-moi pour le jeu de mots). Evidemment je m’insurge contre ce raccourci, d’abord parce que je suis un adversaire acharné du cliché et de la généralisation abusive, comme chacun sait, mais aussi parce qu’au fond, il y a bien une définition plus simple et beaucoup plus pratique du « milieu » : cela désigne en fait, comme le mot l’indique très bien, un centre ; et plus précisément, un espace géographique, un bloc d’immeubles délimité par trois rues de l’hypercentre parisien. C’est là où se donnent rendez-vous ceux qui veulent sortir le soir, ce qui fait du milieu l’endroit où l’on sort plus que l’endroit où l’on s’enferme, encore qu’en général on s’enferme quand on sort.

Quoi qu’il en soit, les gays qui n’aiment pas le milieu aspirent à rester en dehors de ces quelques rues, et se trouvent donc en général à leurs abords immédiats. Bien sûr, s’ils considèrent le milieu de si près, c’est sans doute parce qu’il faut toujours bien connaître ce qu’on critique. Notons qu’on les retrouvera aussi fréquemment dans un espace virtuel, c’est-à-dire sur les réseaux de sociabilité à tendance cul (ils ne les apprécient pas non plus, mais ils savent être pragmatiques ; par chance, ces réseaux sociaux permettent d’utiliser, la plupart du temps, un pseudo).

Mauvais esprit à part, on aurait tort de comparer le gay qui n’aime pas le milieu à un moustique attiré par la lumière, mais qui n’ose pas trop s’en approcher. Ou à une abeille qui frétille aux abords de la ruche, légèrement effrayée, mais comme envoûtée par le bourdonnement joyeux de la population en surdensité. En effet, le gay qui n’aime pas le milieu est plutôt comme un adolescent qui traverse une crise existentielle, à défaut de traverser une rue. Cette crise possède plusieurs phases, qui se traduisent par certains traits de caractère mais aussi par une position géographique évolutive. En phase initiale, la personne est aisément irritable et se tient à distance (à moins qu’elle ne soit tenue à distance parce qu’elle est irritable, mais ne lui dites pas). Souvent, en termes de sexualité, elle prétend encore être active plutôt que passive, et y parvient effectivement quelquefois. En phase médiane, celle du gay qui n’aime pas le milieu stricto sensu, la personne se situe à la périphérie immédiate du milieu, et est sujette à de fréquentes sautes d’humeur, ainsi qu’à des infections sexuellement transmissibles, dues à des relations sexuelles qui se multiplient et à un manque d’expérience ou de facilité à évoquer la question avec son entourage. Enfin, si tout se passe bien, le gay qui n’aime pas le milieu pénètre dans le milieu. C’est alors que se produit un véritable retournement, qu’il n’osait espérer : maintenant qu’il se trouve bien placé, c’est à son tour d’être au cœur de l’attraction, ce qui le remplit d’aise, de prétendants et de substances diverses ; et il peut continuer à dire qu’il n’aime pas le milieu, puisque, désormais, il aime se faire pénétrer, mais par quelqu’un qui n’est pas du milieu.

Notons que la force centrifuge, les prix fonciers et la multiplication des enfants ayant tendance à rejeter les hétérosexuels loin du centre, les gays sont attirés physiquement et mathématiquement par le milieu. Malgré cela, les solutions sont multiples pour les gays qui ne souhaiteraient décidément pas avoir affaire au milieu : la chasteté, la religion, la vie rurale, la néo-hétérosexualité (que je développerai plus loin), l’homosexualité à la marge, voire la banlieue, qui est une perversion parente du sado-masochisme (je précise que je n’ai rien contre les perversions, au contraire).

Un dernier conseil, si vous fréquentez un gay qui n’aime pas le milieu : dites-lui que vous êtes d’accord avec lui, et demandez-lui d’aller voir un peu plus bas.