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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Traits | 09.05.2016 - 16 h 43 | 0 COMMENTAIRES
L’inconnu sans mystère

Tu n’es pas mystérieux

Mais brillant et mesuré.

Le réel t’enveloppe de pesanteur

Tes mots sont justes à l’inverse des miens

Qui sont pauvres.

 

Tu viens d’Arménie comme on sort d’un roman,

Peut-être n’es-tu pas à ta place.

 

J’aimerais te voir simple et plein de soleil,

L’expression calme et limpide

 

Tu sembles n’avoir pas de blessure

Je la chercherais en vain

Et où serait ma place ?

 

Toi, tu souris en me regardant : simplement

Tu ne comprends pas ma propre blessure

Tu ne m’offres pas ton aide, mais ta distance

Dans une lueur de tes yeux j’ai vu que tu étais déçu

 

Mon prince d’Arménie, mon inconnu sans mystère ;

Amant intègre et lointain

Ma seconde déchirure.

 

 

Traits | 04.05.2016 - 18 h 55 | 0 COMMENTAIRES
Depuis quelques mois

Depuis quelques mois j’ai la main qui tremble

 

Pourtant rien n’est tellement différent

Hier le trajet était peut-être un peu plus long

L’attente un peu plus difficile, et plus sombre

Les feuilles aux arbres, les reflets aux fenêtres,

Le regard des passants semblent plus ternes

A peine ; un rien, une teinte infime.

 

Je repense à ces losanges orangés

Qui couvraient le sol de la bastide

Lovés dans la lumière du soir

Dans l’expectative des pas chaotiques

Des rires et des conflits violents

 

Ou les étendues de sable, bordées par l’océan

Et par les acres odeurs des algues sèches

Les jours de vent et de grisaille, en Normandie

La fraîcheur et le sel piquaient les yeux et la peau

Nous criions.

 

Mais depuis quelques mois j’ai la main qui tremble

Rien n’a vraiment changé, si ce n’est

Une teinte, infime, un éclat manquant

Dans une existence désormais ralentie

Comme une façade honorable

Un peu vieillie ; au sourire tendre et comme le regard au loin,

Triste.

 

 

 

Traits | 10.03.2016 - 00 h 23 | 0 COMMENTAIRES
Les vignes du Minervois

La lumière déclinante ce soir caresse les vignes du Minervois

Les rouges éclatants et les doux orangés, la vague légère des feuilles au vent

Le train les traverse avec sérénité

 

Quand tout à coup leur beauté illumine le wagon, comme à la sortie d’un long tunnel

Ton visage s’éclaire, resplendissant, les yeux dorés, le sourire magnifique

Il m’éblouit

 

Tu as posé ta main sur mon genou

 

_ _ _ _ _ _

 

Et toujours disponible, le livre Tous les gays sont dans la nature, aux éditions Des ailes sur un tracteur…

Traits | 07.01.2016 - 20 h 48 | 0 COMMENTAIRES
Rouge sombre

Rouge sombre

Perso | Traits | 15.09.2015 - 21 h 30 | 4 COMMENTAIRES
Etienne Etienne

J’aime Etienne Daho.

J’ose l’affirmer, et je sens d’ici l’impact des ondes négatives à distance que cette simple phrase me vaut de la part de certaines de mes copines lesbiennes, entre autres.

Je trouve qu’il a une voix chaleureuse, profonde, belle, incroyable. Elles le trouvent insipide, et ne méritant pas même un adjectif supplémentaire.

J’aime ses textes et ses chansons. Je trouve qu’il était en avance sur son temps, et qu’il a su trouver une voie indépendante, unique, malgré quelques errements – qui n’en fait pas ? Elles considèrent qu’il n’a fait que se tromper depuis trente ans, et qu’il est un représentant de la pire espèce de musique qui soit, les années 1980 (elles n’ont peut-être pas tout à fait tort, rationnellement parlant, mais qui veut être rationnel quand on parle d’art ? Les années 80 étaient sublimes ! Comment peut-on jeter aux orties tous ces machos romantiques et tous ces flous artistiques et fluorescents ?). Elles pensent qu’il devrait définitivement se débarrasser de ses attitudes de post-adolescent, de ses vestes en cuir, de ses coiffures vaguement playboy, mais elles lui reconnaissent quand même une discrétion médiatique de bon aloi. Moi je dis que l’amour est aveugle, et je me contrefiche de ses vêtements ou de sa coiffure ; et maintenant, d’ailleurs, ce sont mes amis gays qui envoient des ondes négatives, et de la part de certains j’entends même distinctement un commentaire sarcastique « les grands esprits se rencontrent, ceux qui s’habillent comme des sacs aussi »… Bon, si je devais en dire un mot, je dirais qu’un homme qui parvient à faire des chansons qui traversent les décennies a le droit de s’habiller comme il veut.

Je lui reproche tout de même une fin de phrasé parfois un peu trainant, étrangement snobinard et parisien pour un poète provincial, une tentative de rocker soft. On dirait qu’il essaie de draguer à l’italienne, en laissant quelque chose en suspens, une interrogation, une envie… ça marche peut-être sur les filles – pas sur mes copines lesbiennes, en tout cas.

J’ai eu la chance de lui parler, une fois. Il m’avait semblé encore plus timide et angoissé que moi. Il m’a paru quelqu’un qui montre son humour dans ses chansons, mais qui reste méfiant dans la vie quotidienne, toujours jaloux de son intimité, protecteur de sa famille, de ses amis, de son monde.

Je me souviens de mon enfance bercée par le Duel au soleil. Je n’en comprenais pas vraiment les paroles, mais je me souviens de la pochette du 45 tours en noir et blanc, et je me souviens de ces mots qui traversaient mon corps avec une douceur et une délicatesse infinies, tout en se gravant dans ma peau.

Ces mots posés, solides, masculins, tranquilles. Avec un côté poétique et aérien. Je m’envolais avec lui. Chantre d’une masculinité forte mais légère, solide mais nous entrainant dans une danse lente, sûre, dans un tourbillon sans aucun malaise, dans un ciel nuageux, gris, mais nullement inquiétant…

(Ou bien est-ce que je confonds avec Chris Isaak, du temps où il était beau ? Et où j’aurais bien voulu remplacer cette top model juvénile absolument sublime, Helena Christensen, qui se prélassait dans ses bras et nous abreuvait de regards languissants à n’en plus finir ? Lui aussi avait un phrasé excessivement trainant, mais, allez savoir pourquoi, ça marchait mieux.)

Est-ce que Guesh Patti pensait à lui, à la fin des années 80 ? Voulait-elle que cet Etienne-là le tienne bien ? Moi je n’aurais pas dit non, d’ailleurs ma mère avait tout compris et avait plus ou moins tenté de faire disparaître l’objet du désir. Peine perdue – ah vraiment, les mères des gays en devenir sont un réservoir inépuisable de tentatives désespérées pour remettre leurs fils dans le droit chemin, en pure perte.

Bon, bien sûr, Etienne Daho s’est un peu fourvoyé, à l’occasion, dans des dabadabada un peu ridicules, dans quelques chansons. Mais que celui qui n’a jamais chanté dabadabada lui jette la première pierre ! Un artiste populaire a le droit d’avoir sa période chanteur de douche, et puis, ça désinhibe les petits écrivaillons qui n’oseraient pas lui proposer de chanter une chanson dont ils auraient écrit les paroles.

Car oui, j’ai failli le faire – lui envoyer un texte.

Et puis, il a sorti un album avec Jeanne Moreau, sur des textes de Jean Genet.

Je vous conseille cet album, c’est magnifique. Mais ça m’a bien calmé.

 

 

Et toujours… http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Traits | 09.09.2015 - 19 h 45 | 1 COMMENTAIRES
Tout est bon dans le cochon (une histoire de cuisses)

Après un long silence et quelques excursions poétiques, je reviens ici sur un sujet de taille, une partie de notre corps qui me semble injustement passée sous silence, du moins largement ignorée dans les conversations intellectuelles et sexuelles, de salons ou de réseaux sociaux : les cuisses.

La cuisse, soyeuse et velue, légèrement duvetée comme une pêche à croquer, ou bien glabre et luisante comme une nectarine ; mince et fine comme une ligne d’amour, ou bien solide et pleine comme un muscle rebondi et goulu ; la cuisse, puissante ou bien frêle et frémissante, est un argument sexuel étonnamment négligé. En fait, elle a la malchance de se situer juste en-dessous des organes génitaux, et elle pâtit de cette concurrence inégale : puisque la plupart des gens n’ont d’yeux et de mains que pour ses voisins du dessus. La cuisse souffre d’une sorte de dumping hormonal. C’est même presque un effet tunnel, comme on dit, un espace intermédiaire dévalorisé, puisque, juste au-dessous d’elle, on s’attardera volontiers sur l’arrière du genou, le galbe du mollet, la finesse de la cheville, ou, plus bas encore, sur les terminaisons nerveuses des orteils, si bien qu’au milieu de tout cela, la cuisse est plus ou moins considérée comme un faire-valoir sans grand intérêt en soi. Pourtant, à l’opposé du vulgaire jambon de consommation courante, la cuisse est un mets de choix, un muscle large, dense et délicat, discret mais crucial… Elle est au sexe ce que le cou est à la tête : ce qui donne la direction, ce qui donne la puissance, ce qui donne l’impulsion. En outre, loin de n’être qu’un levier de mise en valeur de l’organe génital, elle est également une source de plaisir intense, car elle procure une zone de contact large avec la peau et les poils, avec une sensibilité qui varie selon l’endroit précis où on la touche, et elle offre donc une gamme large de sensations, de vibrations, de frissons. Les cuisses, ensemble, enveloppent, maintiennent, serrent, détendent, écartent, proposent… Elles sont les agents secrets du désir.

Pas toujours secrets, d’ailleurs : posez la main sur la cuisse de votre voisin, et le message sera très clair pour tout le monde… L’ambiguïté disparaît en même temps qu’apparaît un frisson de désir…

Métonymie pour parler des femmes, ou métaphore pour parler du sexe, la cuisse peut être légère – si elle est frivole – ou lourde, comme un bon vin qui a vécu, comme une vieille prostituée qui s’y connait. En italien (il est toujours utile de faire référence à l’Italie en matière d’art, de cuisine et de cul), une grosse cuisse se dit « coscione » ; ça se prononce comme cochonne, ça ne peut pas être un hasard. Dans la grosse cuisse, tout est bon ! Ce ne sont pas les amateurs de cuissardes qui me démentiront. La cuisse habillée, de cuir ou de tissu, révélée par les plis du jean et les démarches de rugbyman, mettant en valeur les paquets bien portés et les fessiers bien portants, n’a rien à envier à la cuisse nue. Tout lui va. C’est le plus démocratique de nos agents du désir. C’est peut-être pour ça qu’elle est la laissée-pour-compte des conversations mondaines : elle est trop consensuelle. Tout le monde aime la cuisse, et donc on la prend pour acquise ! Tel est le sort des choses consensuelles et larges.

C’est ainsi que, me dis-je, la cuisse est l’idéal de l’écrivain de gare. Tout le monde l’aime, et tout le monde l’oublie.

 

PS : j’aimerais bien que mon livre se vende dans les gares. Mais pour l’instant, c’est dans quelques librairies seulement, et ici : http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html