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Les esquisses galantes
Un blog Yagg
Traits | 29.08.2015 - 17 h 01 | 0 COMMENTAIRES
Les termes du monde

Les termes du monde ont changé

D’un côté, les années à venir, l’horizon rapproché

De l’autre, le poids des erreurs, la mesure pleine

 

Mes mains ont toujours tremblé

Comme des roses dans un vase laissé au vent

Dont les pétales un à un se détachent

Et tombent

Ces petits grains sombres sur ma peau

Des étoiles de mort

Qui éclatent lentement

Je me souviens de cette femme en noir

Qui m’avait pris l’épaule par derrière

Une seconde de terreur

C’était il y a longtemps, un moment comme tous les autres,

Sans saveur, ordinaire

C’était son appel et son délai

La main n’a plus jamais quitté mon épaule,

Elle y a semé les grains de mort

Qui ont éclos au long de moi

Comme si l’aiguille de la balance

Avait aujourd’hui commencé à pencher

De l’autre côté.

Le ciel d’un coup un peu plus lourd

Les yeux gris de révolte tendre

J’aurais voulu que ce soit un peu plus long

Un peu plus tard

Que les fils de ma vie soient mieux tissés

Une étoile de vie

Une lumière douce dans le vent

Qui se serait éteinte à l’ombre, tard, et seule

Comme une vieille femme en noir sur un tabouret

Sous les lilas blancs.

 

 

Traits | 08.07.2015 - 22 h 52 | 0 COMMENTAIRES
Mon ange déboussolé

Mon ange déboussolé

Souvent il faut ne pas comprendre

Comme ces architectures étranges

Ces vols d’oiseaux qui semblent une chorégraphie folle

La solitude face au monde.

Je ne peux que te regarder et te tenir les mains,

Je suis aussi perdu que toi

Mais la peur m’est étrangère

C’est le hasard, compagnon farceur,

Qui nous pousse en avant

Parfois nous trébuchons sur la mort,

Mon ange déboussolé

Il faut lui demander pardon

Et continuer notre route inconnue.

Nous nous retournerons de temps en temps et,

Dans un sourire malheureux,

Les fleurs de notre passé surgiront, intactes, immenses,

Folles.

Traits | 11.01.2015 - 12 h 21 | 0 COMMENTAIRES
Une route qui longe le vide

C’est une route qui longe le vide

La beauté renversante d’un précipice aux abords du monde

La poésie

 

Tu sais cette ligne de chant d’amour dont je te parlais

Ces lèvres délicatement effleurées par un rayon de lumière

L’air endormi

Je peux encore l’entendre battre sourdement

D’un mur à l’autre

Comme ce train au ralenti qui, dans mon enfance,

Me transportait ailleurs, loin,

Son rythme régulier scandait le monde

Que je ne pouvais atteindre

 

J’ai peut-être toujours su que ce train

N’existait pas

Ailleurs que dans mes yeux fermés

C’est là qu’il battra encore, à rythme constant

Quand le soleil se sera couché et que, de derrière les persiennes,

Je ne sentirai plus qu’un frisson clair

Avant la nuit

 

Au fond de la route

Les sons en chaos

Tombés et brisés les uns sur les autres

La frêle délicatesse du monde

Traits | 29.11.2014 - 15 h 06 | 0 COMMENTAIRES
Un livre parfait pour les WC ?

Je ne parle pas du dernier ouvrage de Patrick Modiano, que je n’ai pas lu, pas plus que ceux d’avant ; mais bien de mon futur livre, « tous les gays sont dans la nature », écrit à la sueur de mon ordinateur. Mon livre sera un bouquin parfait pour étagère de WC – du moins je l’espère ! C’est en partie pour couper l’herbe sous le pied à d’éventuelles critiques sur mon ouvrage (« ce bouquin, je me torche le cul avec ! » « – ça tombe bien, il est déjà au bon endroit ») ; mais c’est surtout parce que je milite pour la revalorisation du bouquin de chiottes.

Pensez donc ! Un livre qu’on feuillette au calme d’une petite bulle de sérénité, où s’entremêlent avec délices les fragrances corporelles et les réodorisations brise marine ou fraîcheur lavande – du cul et du lyrisme de marketing, comme dans mon livre ! Un livre qui détend les zygomatiques pendant que l’on se détend d’autres muscles, plus bas. Et puis, pour qui aime le toucher du papier, les toilettes sont une sorte de paradis : du papier relié ou broché au papier toilette, métonymies des nourritures spirituelles et corporelles ; du bon vieux papier imprimé, qui compense l’inexorable disparition du papier peint mural des cabinets de nos aïeux ; du papier à l’odeur d’encre et de poussière, dans cet ultime refuge des derniers fumeurs en appartement, avec leur doigts qui sentent le papier à cigarette.

Mon livre sera bien calibré pour les WC : fait de courts chapitres, flexible, il fera voyager le lecteur au rythme d’un portrait, ou deux, ou trois, en fonction du temps que l’on aura envie de passer au petit coin. Ou plus, pour celles et ceux qui n’aiment pas se presser (auquel cas il vaut mieux être célibataire, rien n’est horripilant comme un besoin naturel frustré par un conjoint qui rigole tout seul aux WC pendant une heure).

Ce sera un livre qui viendra tout naturellement rejoindre ses compagnons habituels de WC : recueils de blagues de one-man shows, petits livres de citations, bandes dessinées, guides touristiques périmés… Tous ces ouvrages exclus de la grande littérature par je ne sais quel snobisme jamais remis en question ; ouvrages interdits de bibliothèque du salon, et même du couloir ! Je m’insurge contre cette discrimination sur le genre, cette ghettoïsation des minorités littéraires ostracisées. Je trouve indigne cette mise à l’écart par des élites bien-pensantes qui pourtant se ruent sur les ouvrages en question lorsqu’intérieurement résonne l’appel du sphincter. Ce sont des éditions moins belles et moins chères ? Certes ! Elles sont plus démocratiques, comme il convient d’ailleurs dans un cabinet d’aisances, qui constitue un lieu particulièrement égalitaire : car, au fond, tout le monde chie. C’est peut-être la raison pour laquelle les bouquins de chiottes sont les meilleures ventes des libraires (d’où l’avenir que je souhaite à mon ouvrage).

Et songeons aux proximités, voire aux promiscuités, que la placement en WC implique : la bande dessinée type donjons et dragons qui fait de l’œil à l’Harlequin, les pitreries d’un comique de troisième zone qui câlinent un premier roman lesbien, une carte de Namibie qui sert de sous-bock à un recueil de poèmes acheté à la va-vite à un poète de rue à Montmartre… Comme dans mon livre, où les portraits se côtoient, se tutoient, s’interpellent, dans un joyeux inventaire sans réelle tête ni queue digne de ce nom ! L’emplacement au sein du territoire des chiottes pouvant éventuellement pourvoir à cette dernière lacune, étant donné qu’en général on s’y dénude. Et que, de toute façon, on y retrouve assez fréquemment tout un ensemble de calendriers de nus évocateurs, de coupures de publicités pour slips ou de magazines pornos, voire de dessins créatifs punaisés au mur si l’occupant des WC se prend pour Tom of Finland ou Ralf König – encore et toujours, le règne du papier, ou plus exactement sa fin de règne, son dernier territoire, son village gaulois.

Bref, vive la diversité et la mixité, vive le mélange des genres, vive la caverne où se livrent les reliquats de digestion et de sélection littéraire ! Ce biotope varié, vivant, feuilleté, doigté, inhalé, imbibé de toutes sortes de choses, sera le lieu idéal pour mon livre. C’est pour une bonne raison – sans doute pas celle que l’on pourrait croire, donc – que je ne l’ai pas intitulé « tous les gays font dans la nature ».

 

Chers lecteurs… Le livre est disponible ici :

http://www.desailessuruntracteur.com/Quel-gay-etes-vous-Decouvrez-votre-portrait-dans-Tous-les-gays-sont-dans-la-nature_a127.html

Traits | 11.08.2014 - 16 h 08 | 0 COMMENTAIRES
La flèche

Au travers des ombres tressées et par-dessus les losanges de lumière

Comme un fil tendu à l’extrême entre nous

Ton sourire a fendu l’air comme une flèche

 

L’espace d’un instant la grille du sol s’est rompue

Les frontières des polygones lumineux ont tremblé

Comme s’ils souriaient aussi

Mais tenaient à conserver le secret

En plein cœur

 

 

Traits | 18.04.2014 - 19 h 14 | 0 COMMENTAIRES
A tous ces hommes

A tous ces hommes qui m’ont aimé

Les yeux pleins d’espoir

Une attente certaine d’être comblée

Et finalement déçue

Les bras tendres et tremblant d’attendre la tendresse

La peau frémissant sous mes caresses,

Et entièrement donnés, prisonniers volontaires,

A tous ceux-là

Qui se sont ouverts à moi

Entièrement

Intimement

Qui ont joui d’être pénétrés par moi

Adorables

Et dans le quotidien inconstants

Attentifs, préoccupés parfois et parfois images

De la plus parfaite mansuétude

A tous ces hommes,

Tous,

Nombreux, différents, contraires, tous beaux

De cette attention et de cette liberté de se donner

Un mot pour leurs regards d’après,

La déception, la tristesse, l’amour-propre blessé,

La détestation

Et parfois l’amour encore, et le désir

A tous ces hommes qui m’ont aimé

Je ne sais toujours pas quoi dire

Mais les mots existent quelque part,

Au fond de moi, enchaînés et torturés,

Quelque part, pour dire quelque chose

Qui ressemblerait à un poème.